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Rencontre avec Marley Marl

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vendredi 20 juillet 2007, par Punisher
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Dans la série, les belles rencontres de cette année, après Evil Dee et Lord Finesse, voici encore une figure incontournable de la culture Hip Hip que nous avons rencontré grâce aux soirées Block Party. L’interview s’est déroulée le 24 mars dernier. Depuis le projet de KRS One et Marley Marl à vu le jour, il s’appelle Hip Hop Lives.

Est-ce la 1ère fois que tu viens en France ?

Marley Marl : J’ai toujours eu l’habitude de venir en France, mais c’était toujours pour visiter, faire du shopping, chercher des sneakers, mater les ravissantes demoiselles (rires). Je n’étais jamais venu auparavant pour mixer ou même pour faire une scène avec qui que ce soit. C’était strictement pour du loisir.

En parlant de chercher des sneakers, j’ai entendu pas mal d’histoires à ton sujet, comme quoi tu n’aurais aucune réédition, que des modèles originaux, notamment des Jordan…

Marley Marl : J’ai toujours porté du Nike donc voila…

Donc tu es comme disais Nas dans le morceau Halftime, un « Nike Head », c’est ça ?

Marley Marl : Yeah, exactement

Peux-tu nous raconter l’histoire du Juice Crew ?

Marley Marl : En fait le Juice Crew était le crew de Mr Magic, aujourd’hui beaucoup de gens ne le savent pas. Pourtant Mr Magic, est la personne citée par Biggie dans le morceau Juicy « Mr Magic, Marley Marl ». On avait une émission de rap, il était Sir Juice et on était son crew, le JUICE CREW aka le MAGIC Crew. Et dans ce crew, il y avait Kane, Roxanne Shanté, Biz Markie, Craig G, Kool G Rap & Polo, Masta Ace.

C’était vers quelle période à peu près ?

Marley Marl : Je dirais vers 1984, mais la base de tout, c’était en fait avec Dimples D en 1983, c’était la 1ère fois qu’on entendait parler de moi. On avait ce morceau « Sucker Dj’s » et on peut dire qu’à partir de là, c’était le début du son « JUICE CREW ».

Tes débuts en tant que Dj ?

Marley Marl : J’ai commencé à mixer à la fin des années 70 car mon grand frère mixait dans les sound system dans le Queens, bien avant moi. C’est vers 76 que, pour moi, le mix devenait un réel plaisir. En 77-78, je commençais à avoir un nom dans le voisinage pour les soirées dans le Queens, mais à l’époque le crew de mon frère était la référence.

Quel a été le premier disque que tu as acheté ?

Marley Marl : Waw, hum c’était un 12 inch qui se nommait « Pamplemousse »

C’était de la soul music ?

Marley Marl : Non en fait c’était de la Disco, un groupe français Pamplemousse et le morceau s’intitulait « Let’s Get It Together ».

Et le dernier ?

Marley Marl : En gros, les derniers disques que j’ai acheté, c’était au Japon, il y à 4 ans de ça. Tous les 12inch que j’adorais à l’époque que je n’avais pas pu m’acheter tel que I got It Made

I got It Made de Special Ed ???

Marley Marl : Ouais mec (rires)

Combien de disques possèdes-tu ?

Marley Marl : J’étais un collectionneur de disques avant, mais je ne fais plus ça maintenant. Je respecte les mecs qui ont toujours cette passion pour rechercher le sample original qu’a utilisé A Tribe Called Quest dans les 90 ‘s, j’en ai moi aussi (rires) mais je ne fais plus ça. C’était cool mais bon. Tu sais c’est comme le fait d’être un dj, j’ai jamais fait de battle, car tu vois ça n’avait pas de sens pour moi, it don’t mean shit to me, je voulais de l’argent, j’aurais pu mixer, scratcher mais pour moi ce qui comptait le plus c’était le fait d’être Marley Marl le super producteur. Je respecte les diggers, quand je vais chez Pete Rock par exemple, il y a des disques partout. Ok c’est cool mais au final ça te sert à quoi à part prendre toute la place (rires). J’ai une belle collection de disques avec de la house, du hip-hop, des originaux mais chaque style à sa section. Avoir des tonnes des disques, ça ne m’intéresse pas, je préfère avoir juste mes classiques dans chaque style.

Comment faisais-tu à l’époque pour pouvoir bosser avec chaque membre du JUICE CREW ?

Marley Marl : Quand je bossais à l’époque sur chaque projet du Juice Crew, c’était comme à l’usine, une usine musicale. Tu vois, je faisais des beats tous les jours, du genre Biz aujourd’hui, Shanté demain, Shan mercredi, bref c’était vraiment une usine, mais c’était chez moi. Donc je pouvais tout gérer. J’avais mon studio dans une pièce et les prises de voix étaient dans le salon. Quand on voulait se détendre, on regardait la télé, fumait de la weed. Et on faisait tous les jours comme ça tout en faisant de la musique. C’était génial !

Penses-tu qu’un jour, il pourrait y avoir un projet réunissant tous les membres du JUICE CREW ?

Marley Marl : J’aimerais tant. J’aimerais tant que ça se fasse, mais seulement si c’était le bon moment pour le faire. Tout est une question de timing, je peux le faire aujourd’hui. Ouais je peux te faire un album du JUICE CREW, mais qui voudrait de ce projet, maintenant ? Parce que personne ne soucie de nous en ce moment. Est-ce qu’on est toujours « hot » ? Tu sais, si j’en suis là aujourd’hui, c’est parce que je regarde toujours derrière moi pour ne pas me répéter. Je ne suis pas le genre de gars qui stagne, tu vois. C’est comme s’imaginer refaire un album du JUICE CREW, je peux le faire. Mais pour le faire, il me faut une réelle attente qui me stimule. Je ne veux pas le faire, juste pour le faire. Tu vois, ça n’aurait pas de sens si ce n’était que pour cette raison.

Ok, mais il y a un petit temps de ça, j’avais lu un interview de Big Daddy Kane qui s’exprimait à ce sujet, en expliquant qu’il aimerait lui aussi (…) .Je suis persuadé que ça marcherait, car il existe beaucoup de gens nostalgiques de cette époque qui sont des accro à des labels indé (tel que Stones Throw, Def Jux) et qui attendent ce genre d’évènements. Tout sonnait lourd et vrai, totalement différemment de ce qui ce fait maintenant…

Marley Marl : Je vois ce que tu veux dire, mais c’était une autre ère, une autre époque qui avait ses propres particularités. Quand tu vois un show de Kane c’est phénoménal. Beaucoup de groupes de cette période ont des shows meilleurs que la nouvelle génération. Maintenant, je peux être un naze, je sais que dans le studio, l’ingénieur du son va bien caler ma voix, avec pro-tools. Et dans les clips je peux mimer une attitude avec des nanas, poser devant une Bentley. Et ça fera de moi une star mais sans talent. Avant il n’y avait pas autant de clips, quand tu devais vendre ton disque, il fallait faire tes preuves sur scène, aller à la rencontre du public, gérer ses affaires…D’ailleurs, on devait venir faire un show en Europe.

 ??

Marley Marl : On devait venir faire un show du JUICE CREW en Europe dans les 80’s, mais tu sais pourquoi il n’a pas eu lieu ?

Non…

Marley Marl : Parce qu’on avait pas de clips. Tu vois ce que je veux dire ? On voulait faire un show pour montrer aux gens ce qu’on savait faire. Malheureusement, ça ne s’est pas fait, mais bon … En tout cas pour toute cette génération de Mc’s qu’était Doogie Fresh, Mc Shan, Biz Markie, Krs One, LL Cool J, tout le monde se devait d’être bon car on n’avait aucune autre façon de faire ses preuves : il fallait être bon . Par exemple, la première chose qu’il fallait faire pour rentrer dans le JUICE CREW c’était déjà d’être une bête de scène. Tu vois Kane, il déchirait sur scène mais quand Mr Magic a vu Kane, il lui a dit : (il prend une voix grave) Tu devrais faire quelque chose avec tes cheveux (rires). Car à l’époque Kane avait une méchante afro (rires). Tu vois, c’est ça, il y avait des critères mais il fallait surtout être bon, ouais. C’est pour ça que certains perdurent car les plus talentueux tiennent sur la durée.

Après toutes ces années dans le hip-hop, qu’aimerais-tu encore donner à ton public ?

Marley Marl : Du talent, des bonnes vibrations, j’aimerais donner et faire écouter du bon son. C’est pour ça que je fais FUTUR FLAVAS (ndlr : l’émission de radio de Marley Marl et DJ Premier), c’est pour continuer de pousser un son qui n’est pas diffusé dans les autres radios. Le vrai son lourd du hip-hop, tu vois dans le morceau de KRS ONE « Victory » il nous fait réaliser ce qu’il nous manque en ce moment. Tous ces aspects qui nous manquent, comme le BOUM BAP. Où est le Boum Bap ? J’aime bien le bounce mais j’aime le Boum Bap ! (rires) C’est pour ça que pour moi, FUTUR FLAVAS est une émission radio pour le Boum Bap, tous les nouveaux sons joués sont Boum Bap, mais tu ne les auras jamais entendu ailleurs. Plein d’autres dj’s viennent nous voir en nous demandant : Mais où as-tu trouvé ce son ? Is ne cherchent pas ce que nous ont recherche. Ils ont une écoute commerciale. Et ils s’étonnent après qu’on joue 2h de nouveautés qu’ils n’ont jamais entendu ! On n’est pas dans le commercial, on ne joue pas de reggaeton, de dirty south et tout ça. Et si on a un public qui nous suit depuis tant d’années c’est parce qu’on ne joue pas dans le même registre.

Que penses tu du rôle des médias dans le hip hop ?

Marley Marl : Je pense qu’ils n’ont jamais parlé des choses positives dans le hip-hop, ils parlent que du coté business, des embrouilles, du coté sauvage à croire qu’on est pas civilisé. Avec toutes ces histoires de tribunaux, etc. Ils ne parlent pas du coté performance dans la musique. Je n’aime pas du tout comment le hip-hop est traité. En ce qui me concerne, je n’ai pas de casier judiciaire, je n’ai jamais été en prison, je n’ai jamais tiré sur qui que ce ne soit, je dois être chiant quand je dis ça (rires) j’ai jamais été arrêté. On n’a jamais dit à mon sujet que j’ai aidé des associations, des choses beaucoup plus importantes dont on n’entend pas parler.

Peux-tu nous raconter l’histoire du morceau On Tha Real avec Nas, Screwball et Cormega ?

Marley Marl : En fait tout à commencer comme ça, K- Def me faisait écouter plein de break beats et un seul a retenu mon attention, c’est la partie de piano car moi, je suis un « piano man ». Donc je sample juste ce que je voulais dans le son pour le beat. Après Nas vient chez moi, il était assez frustré par le succès de Biggie car à l’époque Biggie était le king. Il m’a même demandé « tu crois que les gens m’aiment toujours ? ». De là, il me dit qu’il doit revenir avec un autre album et il me demande si je veux l’aider et je répond « ok bien sur !, tu devrais poser sur un son comme ça ! » (Rires) j’avais 2 sons à l’époque True Dialect et On The Real. Il a enregistré et balancé son couplet pour les 2 morceaux. C’était bon, mais il manquait un refrain. Au départ, je voyais une vibe comme dans One Love : "On The Real, All you Crab Niggaz Know The Deal, When They Start The Revolution…" Et donc, je fais un cut, le cale et le fais écouter en reprenant juste : On The Real, All you Crab Niggaz Know The Deal et dans le studio tous ses potes ont crié : OHhhhhhh !!!! Mais pour je ne sais quelle raison, Nas n’était pas chaud pour ce morceau.

Que penses-tu de sa version ?

Marley Marl : C’est une bonne version sans la rage, 10 ans trop tard. Mais c’était toujours meilleur que Nastradamus (rires). Je pensais à un concept, où il aurait du faire un album autour d’un combat entre Nasty Nas & Nastradamus, où Nasty Nas supprimait une bonne fois pour toute Nastradamus, du genre « dégage de là, on veut plus entendre parler de Toi ». Car Nas serait toujours bien plus fort que la plupart. Enfin bref, en tant que concepteur, j’ai toujours plein d’idées mais je préfère m’asseoir et observer les autres (rires).

Peux-tu nous parler de tes collaborations avec The Lords Of The Underground, Da Youngstas, K-Def, Pete Rock, etc. ?

Marley Marl : C’était au moment où mon aventure avec Cold Chillin’ venait de s’arrêter. J’allais bosser avec LL. Le seul morceau que j’aimais de lui était « Jingling Baby » l’original, il y avait une rime de lui que je trouvais dingue qui était « Rollin over niggaz like redneck trucker » (il éclate de rire). Et quand on s’est croisé, une fois, je lui ai parlé de cette fameuse phrase, en lui demandant de quel morceau, elle venait. Et là, il me dit que c’est Jingling baby et il en profite pour me demander ce que je pensais de son album. Je ne pouvais pas lui mentir, je n’aimais pas son album mais j’aimais ce morceau. Je lui dit que je voulais remixer ce morceau. Le remix a eu de très bons retours. A partir de là, on a voulu passer à un format album. Mais à Def Jam, Russell Simmons lui disait de ne pas taffer avec moi : « Don’t fuck with Marley Marl ! ». LL disait « Comment ça ? Mais il m’a remixé Jingling Baby, grâce à lui j’ai un buzz dans la rue ! » Il est quand même venu à la maison, on a fait l’album. J’ai bossé pour lui gratuitement. Russell n’approuvait pas l’album, « I told you don’t fuck with Marley Marl ! » On lui a dit qu’on avait un single mais il ne voulait rien savoir. Il a fallu qu’il écoute le titre pour réaliser à coté de quoi il passait. Depuis, Mama said knock you out a eu le succès que vous savez.

As-tu d’autres projets en ce moment ?

Marley Marl : UGK, je produis un son pour eux avec Kane & Kool G Rap. Je serais aussi sur le dernier LL Cool J. Il m’appelé en m’affirmant qu’il voulait à tout prix que je sois dans l’album. Je suis allé le rejoindre à L.A, et le morceau se nomme « A Queens Thing » avec Mobb Deep, LL,Tony Yayo, 50. le titre est …Waw.

Un hymne pour Queensbridge sans Nas ?

Marley Marl : Nas n’est pas sur le morceau, c’est vrai mais bon .Tu sais entre Nas & 50, il y a des embrouilles. Et puis Nas est chez Def Jam. Entre LL et Jay Z, il y a une animosité. LL ne se prive pas pour lui envoyer une rime (rires).

En parlant de ça j’ai entendu un morceau de LL « Don’t Take It Personnal » où justement il parle plus ou moins à Jay

Marley Marl : De toute façon il y a une embrouille entre eux.

Peux-tu nous parler du projet Re-Entry sorti sur BBE ?

Marley Marl : Ce projet a été une réelle déception. A la base, je pensais que BBE allait sortir que en Angleterre et peut être dans le reste de l’Europe. Donc je n’avais pas donné le meilleur de moi-même dans cet album. Et quand ,j’ai vu de la promo et la pochette, un peu partout dans New York, j’ étais dégoutté .

Peux tu nous parler de ton projet avec Krs One ?

Marley Marl : Ça va sortir sur Koch Records, un pur album de 12 titres et 2 interludes. On a Dj Red Alert dans l’album, Blaq Poet, Mr Magic.

J’ai entendu le morceau « Victory » avec Blaq Poet…

Marley Marl : Tu l’as entendu, hier soir ?

Non, non, par le biais de www.spinemagazine.com

Marley Marl : Yeah, c’est du bon ! (Rires) C’est comme une célébration, un retour au bon hip-hop. On a fait cet album pour montrer aux gens qu’on est toujours vivants après tout ça, on a vécu dans le hip hop. C’était aussi surtout pour en finir avec ces embrouilles BDP-Marley Marl, etc. En plus à la base, le plus grand souhait de Krs était de bosser avec moi, à l’époque. Il m’avait fait passer un cd de lui pour que je puisse bosser, Mr Magic ne voulait pas entendre parler de lui. A partir de là, il était notre ennemi et à l’époque je prenais cette histoire très au sérieux, je ne faisais plus de show…. Mais bon, tout est réglé depuis on est devenu de très bons amis.

Le temps imparti étant écoulé, après 40 minutes aux côtés de Marley Marl, l’interview s’arrête ici. Souhaitons lui bonne chance pour son projet Hip Hop Lives avec KRS One.

vendredi 20 juillet 2007, par Punisher
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