Ce débat est d’actualité aux USA depuis la fin du mois de juillet : pour la première fois en sept albums, Common - représentant des rappeurs "conscients" (comprenez "positifs au message construit" puisque apperement certains raps ne veulent rien dire) - grimpe à la première place des charts avec son Finding Forever (produit en grande partie par Kanye West) et le single The People.
Tellement étonné de son succès, le rappeur de Chicago a fait une vidéo pour remercier ses fans (et placer sa promo à l’occas’) :
Parallèlement, pour l’anecdote, on apprend que Chamillionaire ne dira aucun "Beatch", "Nigga" ni aucune vulgarité dans son prochain album. Certains rappeurs commencent à mettre de l’eau dans leur vin ? Arrêter de parler le "slang" et l’argo est-il un moyen de donner une meilleure image du rap au sein de la communauté afro-américaine ou simplement une technique commerciale pour entrer dans la discothèque d’un public plus large et "bien-pensant" ?
Suite au succès de "Finding Forever", une drôle de "coïncidence" secoue l’actu rap US : Les albums de 50 Cent et Kanye West sortiront tous les deux le jour symbolique du 11 septembre 2007. L’occasion rêvée pour les média Hip Hop d’opposer les "méchants" des "gentils" rappeurs . Les pronostiques vont bon train.

Le site de Rawkus à même éditer une note écrite par Drew Ricketts :
5 raisons expliquant pourquoi Kanye va démolir 50
"1. Les premiers singles de 50 Cent, malgré leur matraquage médiatique n’ont pas emballé le public. Cela s’explique par le fait que, malgré des pianos et des lignes de basses efficaces, les morceaux manquent de consistance, notamment au niveau des lyrics pour lesquels 50 reprend toujours la même recette.
2. Le Hip Hop est en train de prendre une direction différente. Kanye West a une vision large du Hip Hop, ses collaborations vont des Fall Out Boy aux nouveaux indépendants tels que Peter Bjorn et John. Même sur ses albums, il explore de nouvelles choses et invite des artistes venant d’autres sphères comme Adam Levine pour Heard Em Say. Bien que Can’t Tell Me Nothing n’est pas des lyrics très intéressants, ils ne sont jamais confus comme peuvent l’être ceux de Curtis dans ses tentatives de balades. En s’associant avec des artistes de la scène Grim, UK pop et ghetto-tech aujourd’hui importantes dans le paysage musical, Kanye a su glisser vers des sons expérimentaux d’une façon efficace. Stronger en est la preuve avec ses références à l’animation japonaise animation et à la scène punk. 50 a fourni les réponses ennuyeuses qui se fondent trop sur un vieux format surutilisé. Alors que sa force était de faire des hits puis de créer une polémique pour rester au top, il se perd aujourd’hui à essayer de faire les deux en même temps.
3. Où est le clash ? (Il est important de préciser que le beef avec Cam’ron ne compte pas car il a été crée de toutes pièces par les deux artistes qui y trouvaient chacun leur intérêt). Bizarrement, après que Cam’ron est disparu dans son monde, 50 persistait. Il en a voulu a MTV de ne pas l’avoir mieux positionné dans la classement de MC le plus hot du Business, puisqu’il était après the Game une fois de plus. (... une longue listes de complaintes et d’embrouilles du rappeur est mentionnée ...). On ne peut plus avoir confiance en 50 Cent aujourd’hui. Il serait temps d’apporter quelque chose de nouveau à sa musique, mais est-il encore capable de faire des titres de la qualité de ceux du passé ? ou va t’il chercher les embrouilles jusqu’à ce qu’il retrouve sa magie ?
4. Les thugs ne vendent plus autant que dans le passé. Bien que T.I. vs. T.I.P. est un concept désastreux, c’est aussi un témoin du fait que les rappeurs commerciaux tentent de ne pas se laisser diriger par le marché musical actuel. Les parents, les prêtres, les invités de talk show, les journalistes, les avocats... les piliers de notre société ont faussement blâmer le Hip Hop et la culture populaire d’être responsables de la violence actuelle. L’ère Tupac/N.W.A. a cessé il y a longtemps. Il y a juste une petite place pour les figures noires menaçantes dans la chambre de l’américain moyen. Au lieu de cela, les artistes se présentent sous un visage amical, ils dansent, ils font la fête de façon innocente. Tupac vendait grâce à sa capacité d’identifier le carrefour culturel entre le message Hip hop anticonformiste et la peur de tous signes de rébellion venant de la communauté urbaine. En équilibrant l’effrayant avec l’audacieux, il a ouvert la voie à des personnes comme DMX, 50 Cent et d’autres. Malheureusement, ces gars ont pris d’assaut le top des ventes sur l’idée d’une suprématie des racailles sans relier ces idéologies avec la source de l’histoire. Je ne suis pas sur que 50 Cent est les épaules pour remettre le message au niveau.
5. Curtis s’est construit une image basée sur la négativité durant sa période de succès. Je ne suis pas capable de lui pardonner cette image néfaste ou encore le fait d’avoir éjecter Ja Rule en dehors du business rap. Les rumeurs de collaborations avec la police dans l’affaire "Supreme case", le fait d’avoir couler l’album de Styles P et d’autres actes douteux de ce genre ne me font éprouver que du dédain pour lui. Tout le monde ne peut pas être un bandit. Tu penses que l’homme est un loup pour l’homme mais il y a davantage de place et de nourriture pour ces loups que ce que les média veulent nous laisser croire. 50 a intégré cette mentalité de crabe qui fait qu’à chacune de ses actions, chacun de ses pas, il réfléchit à une option pour relancer la compétition et étendre encore sa réputation et sa dignité. On récolte ce que l’on sème. Même le public peut sentir sa colère et les mauvaises vibes qu’il a cultivé autour de lui. La fierté vient avant la chute."
Du côté des artistes, alors que Kanye West a refusé le clash que voulait organiser BET, 50 renchérit comme il sait si bien le faire : il a accusé son rival de fuir et a prétendu que si Graduation vend plus que son album le premier jour, il arrêtera de sortir des projets solo.
Rien n’est moins sur pourtant, si on en croit les retours du public sur les premiers singles des artistes : Le second single "I Get Money" de Curtis n’est que 39ème des charts RNB après 5 semaines alors que celui de Kanye West "Stronger" a décollé, la seconde semaine, à la 6ème du Hot 100, notamment grâce aux téléchargements légaux. Malgré tout, 50 a frappé fort en sortant un featuring avec le fédérateur Justin Timberlake "Ayo Technology".
A noter que le "méchant" rappeur a déjà 4 clips plus un non officiel de l’album Curtis qui tournent 1 mois avant la sortie de l’album... Ce n’est pas un peu (vraiment beaucoup) trop ?
D’un autre côté, Kanye West est-il vraiment un représentant du rap dit "conscient" ?
Une autre histoire a récemment terrorisé tous les amoureux du rap américain. Cette fois il s’agît d’un nouvel amalgame sur la responsabilité du rap dans les actes violents de nos sociétés. Le "journaliste" de la Fox Bill O’Reilly a reproché au directeur deVirginia Tech (université américaine qui a été victime d’un élève armé faisant plusieurs morts il y a quelques semaines) d’avoir accepté la venue de Nas en concert dans ses locaux. Bill O’Reilly qualifiant Nas d’un "gansta rapper" incitant au meurtre et prônant la violence. Chaque fan de Nas pourrait presque rire en lisant ces quelques lignes sauf que la façon dont est tournée le sujet est très inquiétante quant au détournement des propos du rappeur dans ses lyrics.
Cette histoire rappel évidement la façon dont les rappeurs français ont été accusé quant à leur propos "incitant à la violence" après les émeutes de 2005.
Toutes ces histoires sont différentes mais liées les unes aux autres : d’un côté on voudrait nous faire croire que le rap "conscient" se réveil alors qu’il n’a jamais cessé d’exister, de dénoncer, de prévenir, de décrire un état de fait qui s’aggrave de jour en jour.
De l’autre les média critiquent et accusent les rappeurs (sans trop savoir de qui ni de quoi ils parlent) de différents problèmes vieux de plusieurs dizaines d’années plutôt que d’affronter les dirigeants politiques sur ce que eux ont fait ou n’ont pas fait pour en arriver à cette situation.
Enfin, certains rappeurs qui ont souvent jouer le jeu des média en alimentant les querelles, les beefs, les clichés font payer à l’ensemble de la communauté Hip Hop le prix de leurs succès éphémères.
Affaires à suivre...
N’hésitez pas à nous donner votre opinion sur ces évènements.







