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Quand le hip-hop se lève à l’Est.

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dimanche 13 mai 2007, par Bastien D.
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Le hip-hop ne cessera d’explorer ses racines instrumentales et d’expérimenter les influences musicales les plus contemporaines, tant que dans leurs démarches créatrices des artistes tels que SUIKA pratiqueront l’art du mélange des genres. Distillant une écriture poétique et engagée sur des ambiances jazz, le groupe de hip-hop japonais, très actif sur la scène nippone (3 albums en deux ans, dont le dernier Harvest for the Stripes est sorti en France en septembre 2006, et des carrières solo prolifiques pour chacun de ses membres), était en France à l’occasion des Versions Live 2007. You Vox les a rencontré pour parler hip-hop-jazz…

Avant d’apprécier l’interview façon écrite, voici la rencontre avec le groupe en vidéo, entrecoupée d’extraits lives bien sympathiques.

Comment et quand avez-vous découvert le mouvement hip-hop depuis le Japon. Quels styles de sons et de musiques écoutiez-vous alors ?

Takatsuki : C’est une question difficile, parce que cela remonte à longtemps. Mais aussi loin que je m’en souvienne, j’ai écouté mes premiers disques de hip-hop au cours de ma deuxième année de collège.
Mon premier contact musical avec le mouvement s’est fait par la découverte des créations d’AfricaBambaataa (1).
Autant dire que cela a été explosif, et que je n’ai plus cessé de m’enrichir de ce mouvement tout en continuant de le faire avec, plus récemment, des affinités pour les créations et les compositions de groupes, tels que The Roots, ou encore d’artistes, comme Q-Tip, D’Angelo (2)

Atom : A l’époque dont parle Tahatsuki j’écoutais beaucoup de Rock. Quand j’avais 14-15 ans l’élément primordial, concernant la musique que j’écoutais, consistait pour moi à pouvoir bouger…
Si on ne pouvait pas bouger, sauter ou crier sur la musique, je ne considérais pas ça comme étant de la musique. Et à cette même époque, j’ai découvert le hip-hop des Beastie Boys et de Public Enemy.
Autant te dire que la transition s’est faite sans heurts, tant les productions de ces groupes m’ont tout simplement arraché la tête. J’ai alors réalisé que le rap comportait tout ce que je recherchais, et qu’il déchirait tout !!!

Pour rebondir sur ces quelques influences que vous venez de nous donner, votre travail va-t-il plus dans le sens d’un hip-hop « fun et instrumental » (A Tribe Called Quest, Delasoul…) ou au contraire, se rapproche-t-il plus strictement du rap et j’entends par là l’aspect revendicateur du mouvement hip-hop ?

T : On ne peut pas faire ce genre de classification dans le hip-hop et distinguer le fond de la forme.
Moi qui suis contrebassiste et rappeur, si je décide de me concentrer essentiellement sur la musique… Et bien très vite, le besoin de rechercher des paroles, de transmettre des mots et des idées se pointera, et refera surface.
En bref les mots et la musique servent, chacun à leur manière, mais chacun de façon indissociable l’art du hip-hop.
L’essentiel pour un artiste qui prétendrait alors participer de ce mouvement artistique, consiste pour lui à apporter tous ses talents, tous ses savoirs faire.
Et qu’il s’agisse de musique, de texte, ou des deux à la fois, l’objectif doit être d’atteindre les sommets de son art.

A : Finalement quand t’écoutes un album de A Tribe Called Quest ou un album de Public Enemy, un groupe plutôt activiste et revendicateur, ne captes-tu pas que les sons déchirent tout autant que les textes ?
Ou encore que, sur ceux de The Roots un groupe plutôt désigné comme étant instrumental, les raps de Black Tought sont absolument essentiels à l’univers de leurs morceaux pourtant très acoustiques (3).
Dans notre groupe Suika, cette rencontre entre la musique et les paroles se fait de façon très naturelle, et il ne s’agit surtout pas de distinguer différentes qualités.
Il me paraît d’ailleurs impossible de prendre séparément l’un et l’autre de ces éléments, qui en réalité servent mutuellement le hip-hop.

Quels sont les thèmes d’inspirations de Suika ? Parlons alors musique et paroles, bien évidemment ?

A (rappeur) : Mon principal objectif est de transmettre quelque chose aux gens qui vont écouter nos morceaux.
Quel que soit le thème que je déciderais d’aborder, mon obsession va être de le transmettre de façon ludique.
Cela peut consister en des évocations proches de l’imaginaire, en un vocabulaire poétique, imagé... En des jeux de mots.
L’idée centrale restant de toucher le public, pour qu’il puisse capter le plus possible notre inspiration. Notre titre Bamboo Moon par exemple, va dans le sens de cette approche.

T (contrebassiste-rappeur) : La musique de Suika a pour but d’apporter quelque chose de positif aux gens qui l’écoute.
On s’efforce de libérer les esprits avec de l’optimisme et de la bonne humeur.

En tant que contrebassiste, n’as-tu pas des inspirations purement jazz ? Ta musique vient-elle directement de cette musique ou plutôt de groupe qui ont justement fait fusionner le hip-hop et le jazz ?

T : En fait, à l’époque où j’ai eu de quoi m’acheter un instrument de musique, mon idée était de faire du hip-hop et non du jazz.
Mais j’hésitais quand même entre un sampler du genre MPC 2000 ou une contrebasse et là j’ai découvert Do you want more ??? du groupe The Roots.
Le son des morceaux de cet album m’a vraiment surpris, j’ai immédiatement adoré.
Je voulais vraiment savoir comment ils avaient réussi à sonner de cette façon-là et essayer de faire moi-même, dans mon coin, quelque chose qui approcherait de cette tonalité.
Et alors, en regardant la pochette de l’album, j’ai découvert qu’ils avaient utilisé une contrebasse… Je peux te dire qu’à ce moment-là exactement, mon choix concernant l’instrument que j’utiliserais était réglé.

Quant à toi Atom… L’énergie que tu développes sur scène est impressionnante. Comment parviens-tu à une telle explosion… C’est un truc japonais ou quoi ? Et surtout comment fais-tu pour parvenir à la retransmettre sur les enregistrements du groupe ?

A : Attends. Je t’arrête tout de suite.
Au japon comme ailleurs, les gens hallucinent sur ma motiv’, mes sauts sur scènes, la patate que j’essaye de déployer.
Mais le live est tellement idéal pour tout donner que je serais prêt à en crever.
Donne-moi la possibilité de monter sur scène pour un morceau, trente minutes ou tout un concert… Ce qui va m’importer ce sera d’avoir essayer de tout donner.
Pour les enregistrements, c’est autre chose.
Mais tu pourras retrouver l’énergie dans les mots utilisés pour les textes,car en donnant du positif, de l’enthousiasme, tu donnes de l’énergie aux gens qui t’écoutent.
D’autre part, et pour le coup ça vient peut être de ma pratique du yoga, j’ai une sorte de facilité avec la réconciliation des contraires. Entre l’énergie de la scène et l’intimité des enregistrements, j’essaye de trouver un juste équilibre pour que les deux se servent et puissent se répondre.

Pour ne pas vous retenir plus longtemps avant votre concert, je vais vous donner quatre éléments qui pour moi sont représentatifs du hip-hop, et chacun d’entre vous me dira lequel est pour lui essentiel et indissociable de cette culture :
Conscience mentale ; mélange et diversité ; racines musicales (blues, jazz, funk…) ; énergies positives « love, peace, unity & having fun » ; et si vous en trouvez d’autres, vous êtes les bienvenus.

Takatsuki : Pour moi se sont clairement les racines musicales qui au début m’ont amené à baigner dans la culture hip-hop.
Puis j’y ai découvert les fondements d’un esprit, à la fois artistique et humain, et je dirais qu’aujourd’hui la bannière « love, peace, unity & having fun » représente exactement ce que je ressens pour le hip-hop.

Atom : Je dirais… Le mot… « Break ».
C’est ça, pour moi le hip-hop c’est l’affirmation « break » dans le sens de casser, de faire avancer, de reconstruire.
Le hip-hop comme (r)évolution constante de ce qui a déjà été fait. Pour aller là où on ne t’attend pas.

Takatsuki, Atom, merci beaucoup pour cette rencontre. On a vraiment kiffé votre format acoustique, vos lives surprenants et on vous souhaite tout simplement d’en faire le maximum possible un peu partout dans le monde… Welcome to the new Nip-Hop (4).

(1) AfricaBambaataa également connu sous le pseudo de l’Architecte, pour avoir fédéré de façon innovateur fin des années 70, le premier collectif d’acteurs hip-hop issus des quatre disciplines du mouvement :
rap, breakdance, deejaying et graffiti.

(2) Ces trois artistes de la scène New-yorkaise et de Philadelphie ont en commun leurs inspirations instrumentales, influencées des richesses multiples de la musique noire américaine.
Ils sont également membres actifs de la communauté internet d’artistes hip-hop Okayplayer et co-fondateurs du collectif Soulquarians.

(3) Black Tought est membre de The Roots, qui se compose de musiciens et de rappeurs issus de la scène live de Philadelphie.
Dés les premiers albums du groupe, Organix et Do you want more sorti en 1995 sur le label Geffen Records, Black Thought impose son flow personnel et efficace, proche du spoken words. Il devient alors le rappeur-leader de The Roots.

(4) C’est aussi le nom d’un festival asiatique des cultures urbaines, qui se tient chaque année de l’autre côté du globe.
Les curieux y trouveront beaucoup des noms références, qui font du japon une des grandes nations du hip-hop (DJ Krush, DJ Honda, Suika… Sans oublié que DJ Q-bert est lui-même d’origine nippone).

dimanche 13 mai 2007, par Bastien D.
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