Rechercher
Add to Netvibes Subscribe in NewsGator Online      
logo rss
logo youvox
devenez rédacteurs
A la une
A la une

Pucc’ Discussion

Partagez cet article  ›› 
lundi 27 août 2007, par Lyte, Punisher
imprimer article 

A l’occasion de la sortie du projet "La réconciliation" de DJ Cream et Oxmo Puccino le 3 septembre prochain, nous avons eu la chance de rencontrer John Smoke durant un long entretien que voici, pour vous.

Pour vous aussi, 10 cds du premier maxi de la Réconciliation à gagner. Les premiers seront les premiers, alors dépêchez-vous !! Envoyez-nous un mail avec votre adresse postale et un mot de politesse à cette adresse : urban.redaction@youvox.fr

Que dirais-tu pour te présenter ?

Oxmo : Je dirais Oxmo Puccino, artiste rappeur. Artiste hip-hop. Auteur passionné de musique et de belles vies.

Ta rencontre avec Cream ?

Oxmo : C’est lui qui avait mixé à l’époque les mixtapes qui avaient fait pas mal de bruit « Nique la musique de France ».

Opération Coup de Poing …

Oxmo : Voila « Opération Coup De Poing » ! Il a fait partie de l’équipe. Donc je l’ai rencontré à cette époque là, et pour mon 1er album, c’est lui qui a fait l’interlude en italien. À partir de ce moment, on a commencé à se fréquenter.

Mais ce projet, c’est quoi ? Un album, une street tape, une mixtape ?

Oxmo :La réconciliation, c’est une mixtape plus élaborée, dans le sens où il y a beaucoup d’inédits. Des aperçus de ce que l’on pourrait amener après. Comme une feuille avec des interrogations pour un sondage de goût. On n’a pas mis les moyens qu’on mettrait pour un album. Ces morceaux, je ne les aurais pas forcément sortis sur un album. Et surtout parce qu’on a voulut se faire plaisir. On a fait les musiques, nous-mêmes. Cream a été les faire mixer, masteriser. On a tout contrôlé, à peu près tout, de A à Z. Et c’est quelque chose qui est de plus en plus rare, aujourd’hui, quand tu fais un projet. Car il y a de plus en plus d’intermédiaires. Il faut passer par de plus en plus de circuits quand tu veux que ça marche. Et sur ce coup là, on a uniquement voulu se faire plaisir.

Comment vous êtes vous retrouvé à vouloir mettre ce projet en route ?

Le truc, c’est que moi, j’ai sorti « Le Cactus De Sibérie » et pendant cet album et même après, je continuais d’écrire. J’essaye de garder une cadence d’écriture régulière. Parce que c’est notre métier. Beaucoup ne le réalisent pas.

Tu peux la perdre vite en plus, cette cadence ?

Tu peux la perdre, ouais. Justement ça m’est arrivé plusieurs fois. Donc maintenant, assumant le boulot j’essaye de garder une cadence. Du coup, je me suis retrouvé avec beaucoup de morceaux en trop, avant de commencer le « Lipopette Bar ». Car on voulait faire la mixtape, le plus tôt. Cream a commencé à faire des musiques, composer. D’ailleurs, il s’occupe de Seven. Je trouvais qu’il travaillait bien, on a commencé à travailler en binôme. Et de fil en aiguille, on a enchaîné les morceaux. On s’est dit qu’on allait sortir une mixtape, vu qu’on ne se voyait pas sortir d’album avec ça. On voulait que ça existe d’une manière ou d’une autre. Et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé sur la mixtape.

Quand tu dis mixtape, il y a vraiment ce coté mixé, ou plutôt comme le projet de Prodigy (Mobb Deep) qui est décrit comme une mixtape, alors que sa conception a tout l’air d’un album ?

Si, si les morceaux sont mixés. Il y a des scratches, des effets, des enchaînements et tout. Parce qu’on trouve que ce format sonore de scratches, etc.… est une tradition qui faut garder. Même si aujourd’hui, c’est Serato et compagnie. Ça rajoute la spécificité de cette musique. Il n’y a aucune musique qui fait ça. Et même si on peut tricher, aujourd’hui numériquement, ça garde l’héritage. Pour moi, les mixtapes, ça a toujours été un aperçu ou un test, de ce que l’artiste allait emmener plus tard. Et vu que la qualité était moindre, ça donnait du prestige au morceau. Quelque fois, on reçoit des morceaux fait par des artistes qui ont prit 2 semaines de mix, de mastering, pour que ça finisse en mp3 dans un autoradio. Et que finalement le travail effectué ne soit jamais reconnu. Donc on donne aux gens ce qu’ils écoutent.

Que signifie pour toi, essentiellement ce mot « la réconciliation » ?

A la base, c’est mon initiative. Cream a été d’accord, quand j’ai proposé, ce mot. Parce que déjà c’est un beau mot. Et pour moi, ce mot est un conseil, un mot rare, pas assez utilisé. C’est une preuve de maturité, de réflexion, de prise de recul, d’avancée, car il fait appel à l’introspection. (…) le titre a été choisi, il y a 3 ans déjà.

Mais c’est donc bien avant le Lipopette Bar, tout ça !

A la base, je voulais sortir un album avant le Lipopette bar. Je l’ai maquetté et le projet avec Blue Note est arrivé entre temps. J’ai préféré sortir le Lipopette Bar. Ça m’a permis de garder ce que j’avais avant, pour mon prochain album.

Et comment va s’appeler cet album ?

Je n’ai pas encore de titre prédéfini, mais ça reste une vision floue qui se précise.

On n’a pu écouter que les 2 titres du maxi, peux-tu nous décrire le reste du projet ?

Il y a un morceau qui s’appelle « Les Yeux Dans Les Cieux », avec un featuring d’un artiste américain qui est décédé, paix à son âme. C’est peut être aussi, un avant goût de ce que je pourrais amener après. C’est un morceau assez optimiste.
Ca fait :
"les yeux dans les cieux/ je guette l’éclairci/ne cesse d’y croire/ car on me remercie, moi/j’ai gravé dans la pierre que c’est ici l’Enfer /mais si t’avances avec le cœur/sur qu’on peut rien te faire/"
C’est la philosophie que j’ai en ce moment, sachant qu’on peut avoir un discours positif pour des raisons mercantiles, politiques. Mais ça n’aura pas autant de profondeur que quelqu’un qui vient du sombre et du négatif. Et comme je suis quelqu’un d’assez sombre, il faut le dire. Avec des moments d’éclaircis, ce que j’assume très bien, je fais avec. Je vis en harmonie avec ce gris, pas ce mal être, mais avec la vie. Je pense que c’est la vie. Justement ma démarche, c’est « comment faire avec, comment faire sans ». On peut être heureux, même dans une vie triste, en sachant gérer. Donc le discours dans mes prochains projets va être dans cette direction, là. « Comment faire jaillir la lumière dans le noir, le plus profond ». On est bien placé pour en parler quand on a les idées noires comme moi.

Qui est l’artiste américain ?

Notorious B.I.G (rest in peace), on a prit un petit couplet qui allait bien avec le morceau.

Quel accapella ?

Celui de « Dangerous Mc’s »

C’est un pur titre celui là en plus !

Biggie était le plus grand rappeur de tous les temps.

Ouais, il avait de l’avance en seulement 2 albums.

Et pour le reste de ce projet ?

Oui donc, il y a le morceau « Hé ouais », morceau égotrip parce que je me considère comme le Rap en personne. Même si c’est faux. L’essentiel est d’y croire. Le rap, c’est de l’égotrip à la base. C’est de la démonstration de technique, de la frime, c’est du tartinage. Ce qui m’a fait sourire à la sortie de « Lipopette Bar » c’est quand j’ai entendu, « waw ! Il est revenu ! Waw il est parti ! ». C’est juste une autre palette, une autre couleur. Pour montrer ce qu’on sait faire. Comme j’avais déjà ces morceaux qui étaient prévu depuis longtemps, ça m’a fait rire. Pour moi, "hé ouais" est un morceau de Rap par excellence. Je pense que, rien que pour l’exercice, les rappeurs devraient en écrire un de temps en temps.

Ce titre me rappelait « Quand j’arrive » …

Ouais, c’est la même chose, la même sauce, le même parfum. Comme « Puccino Airlines ». Donc voila, pour moi c’est du rap pur et dur. Du rap d’exercice. Du rap par définition. Il y a aussi « Tiroir caisse ». Ça c’est un morceau « montre ». C’est le genre de morceau que je n’aime pas beaucoup faire. Quand on veut faire une œuvre intemporelle, on ne donne pas de date, ni de références historiques qui pourraient rappeler une certaine époque, et moi des fois, je le fais. De façon volontaire pour marquer un état d’esprit à un moment donné. Ce morceau a été fait, il y a 2-3 ans, à une époque, où on entendait tout le temps « le rap français est mort ! Il n’y a plus rien ! Tout est nul ! Les disques ne vendent plus ! Les téléchargements, etc. » Les mecs se plaignaient de ce qui se passait et en même temps, ils étaient responsables d’une certaine manière. Donc « Tiroir Caisse » c’est ça. Si tu viens prendre le micro ou entrer dans le hip-hop pour faire des thunes, tu t’es trompé ! Si t’es venu que pour ça et que tu n’y arrives pas, tu vas être déçu, tu vas devenir fou ! Parce que c’est très difficile. Tu vas tout perdre ! Tu vas repartir encore plus bas que zéro et ça c’est un truc qui s’est vu. Moi, ça fait 12-13 ans de métier, et j’en ai vu. J’y suis passé, j’y suis revenu. C’est pour ceux qui font semblant de ne pas comprendre, qui se plaignent. Tu fermes ta gueule et fais ta musique ! On t’a rien demandé d’autre ! Tu veux faire des thunes, vas travailler dans une banque, vas escroquer des gens ou vas faire de la politique, vas vendre de la drogue ! Mais ne passes pas par la musique. Quand tu viens ici, tout ce que tu as à faire, c’est le meilleur morceau du monde. On ne te demande rien d’autre. (…) c’est comme ça que je le vois, moi. Quand je viens faire de la promo ou quand je rentre en studio, c’est pour faire un beau morceau. Le reste, on verra plus tard.

Est-ce que tu comptes toujours sortir tes projets en vynil ?

J’espère bien car pour moi, les objets prennent de la valeur avec le temps. Aujourd’hui, si t’arrives à me trouver un 78 tours de Colette Renard, je te dis chapeau ! C’est un truc que t’accroches !

Rien que ton 1er album en vynil

Ouais, j’en ai gardé 2 - 3 exemplaires pour moi mais en magasin, tu n’en vois plus.

Y’a pas moyen d’en négocier, un ?

(Rires) ça va être une tâche ardue ! Mais tu vois, on peut parler des mp3, mais ça n’aura jamais la qualité d’un cd. On respecte plus un mec qui a des cds et des vynils, qu’un mec qui a que des mp3. Acheter un disque, maintenant c’est pour l’objet, pour défendre l’artiste, montrer son engagement.

C’est presque un acte militant d’acheter des disques

Tout a fait.

Quand on voit toutes ces boutiques vendeuses de vynils qui ferment, c’est frustrant.

Ouais carrément, acheter des vynils, c’est un truc de collectionneur aujourd’hui. (…)

C’est Cream qui a réalisé toutes les instrus ?

C’est lui qui est à la base de toutes les musiques, après ça dépend des morceaux. Il a fait le plus gros travail, parce qu’il avait l’infrastructure. Je travaillais chez lui, on se donnait des idées. Dès que j’enregistrais, il envoyait les musiques au studio. Pour que les morceaux soient mixés, masterisés. Et il m’apportait le tout quand c’était fini. Il a vraiment fait la plus grosse partie de la réalisation.

Et quel était l’univers que vouliez donner à ce projet ?

Un univers personnel ! Avec un son rap, comme on ne l’a jamais fait. A titre personnel. Comme si on avait un cahier des charges à remplir pour une clientèle de base. Moi, j’ai ma façon de voir, tout comme Cream. La plupart du temps, il me reprenait car je voulais partir sur des délires qui pouvaient être mal interprétés. C’est mon gars, mon saus. Je ne l’écoutais pas toujours, non plus. Mais son avis était important car c’était notre projet à tous les deux.

Oxmo, tu sors différents projets sur différentes maisons de disques…quels sont tes critères pour bosser sur un projet ? Tu marches au coup de cœur ?

Le coup de cœur est de plus en plus rare, car les gens ne mettent plus leur cœur dans les projets.

C’est une impression ou une réalité ?

Non c’est une réalité assez normale car la vie est triste. C’est une évolution normale parce que le hip hop et le rap sont établis. A l’époque quand on commençait à rapper avec mes potes du 9.4, qui ont même débuté avant moi, on n’était pas des modèles ou un symbole de réussite, on n’était pas ça. C’était que passionnel, pour nous. Aujourd’hui, quand un gars veut commencer dans le rap, ce n’est pas la passion qui l’anime. Il pense à la possibilité de réussite et ça va polluer son travail. Il n’a pas été bouleversé par la musique, il n’a pas marché dans la rue des milliers d’heures, il n’a pas traîné devant les concerts, il n’a pas été en soirée. Il a pas été jalousé, détesté. Il ne s’est pas pris de cannettes sur scène (rires)... c’est des examens à passer. Et justement, le résultat en est une musique qui est vidée de son sens. C’est triste, mais il y a encore des artistes qui font des trucs de fou. Et ça donne de l’importance à ceux qui bossent.

T’as déjà écris pour d’autres artistes ?

Je ne fais que ça pratiquement, en ce moment.

Tu ne veux pas donner de noms ?

Je préfère attendre que ce soit sorti. J’ai fait indirectement (par intermédiaire) Florent Pagny. J’ai bossé avec Christophe Maé, avant le Roi Soleil. J’ai bossé avec une artiste que j’aime beaucoup (sourire) et ça risque de faire du bruit. Je travaille pour des groupes pas encore célèbres comme David Touré, Scotch & Sofa. C’est un autre versant de mon boulot. Justement je fais en sorte que ça devienne mon créneau parce que j’adore ça. Ces des choses que je ne pourrais pas faire pour moi. C’est comme un don de soi, lorsque j’arrive à écrire une belle chanson, c’est comme si, je donnais vie à des mots qui n’ont pas de sens. Et que j’amène quelque chose de nouveau dans ce monde. Je vois ça comme ça, c’est un peu naïf, mais c’est la vérité. A travers la voix d’une autre personne, je réalise quelque part un rêve. C’est quelque chose que je fais depuis 3-4ans maintenant.

As –tu l’impression que ton flow et ton écriture ont évolué ?

Oui bien sur, l’écriture évolue tout le temps. Parce que j’écris comme on fait des mathématiques. Enfin j’écrivais beaucoup comme ça. C’est-à-dire champ lexical, vocabulaire, thématique, profondeur, degrés d’écriture, l’humour, la technique et puis au niveau du flow, tout dépend de l’écriture. Tout dépend où peut retomber tel mot, tel rime. La construction de la phrase « a—b », « a-b-c », » « c-b-a », voilà.

Quelle est ton opinion, sur tout ce qui s’est passé dernièrement autour de Rohff, Gabin, etc. ?

Je ne veux pas penser comme tout le monde. Parce que quand je suis témoin de quelque chose que j’entends ou je vois, je réfléchis toujours aux raisons du pourquoi. Quand j’étudie tout ça, ça me rappelle un morceau qui a été fait à l’encontre de quelques artistes. Mais le problème n’était pas là, le problème était que beaucoup de médias ont reprit ça à leur profit contre ce genre de musique. Et c’est ce que je réfute. Parce que tout le monde a mis une lumière là-dessus. Alors que quelques fois, il y a des artistes qui font de très bons morceaux et qu’ils n’ont pas eu autant de couverture médiatique. Donc c’est assez vicieux. C’est comme quelqu’un qui sort un couteau et qu’il le retourne contre lui. A mes yeux, un rappeur fait partie d’une famille, aujourd’hui plus que jamais, parce qu’on est mis à part. On est répudié, on est des bêtes noires. On devrait plutôt régler les problèmes en famille. Car tout ça a été récupéré à notre défaveur et moi, je trouve ça dommage. C’est peut être la plus grosse conséquence de ce morceau et ce n’est peut être même pas fini. Tu vois, si les médias n’avaient pas autant soutenu cette affaire, ça ne se serait sûrement pas passé comme ça (…) Les médias ne mettent pas la lumière sur notre bon coté. C’est-à-dire, que les rappeurs quelque part, sont victimes de leur sincérité, parce qu’ils ne viennent pas d’un milieu où tout est calculé. Ils sont assez nature. La plupart du temps, les parents ne sont même pas natifs. Donc dans l’éducation on a une certaine dureté et une certaine sincérité ; quand on fait de la musique, ce n’est pas dans le but de faire du mal. On n’est pas dans la démonstration ou dans le semblant. On ressent comme tout le monde. Maintenant quand on n’aime pas, on va pas faire les faux culs. Malheureusement, le monde tourne comme ça, mais bon je n’ai rien contre ce monde. Il faut de tout pour faire un monde.

Que penses-tu du succès de Michael Youn ? En ce qui me concerne au début, ça m’a fait mal et après avec le temps, ça m’a fait rigoler…

Au début, ça ne m’a pas fait rire, mais après je me suis dit que les rappeurs avaient leur part de fautes. Si on peut te tourner en parodie, c’est que tu as ta part de fautes. Parce que c’est vrai que souvent, tu vois des clips de rap où même toi, tu rigoles. Même moi je rigoles. Tu vois « Fous ta cagoule » c’est un clip de Zik, mais avec des gros moyens ! Ça aurait pu être le morceau d’un titre. Il y a des artistes qui ont fait des titres pires (rires) je suis sur que ça existe. Donc, quelque part, il n’ y a pas de fumée sans feu. (…) En même temps, c’est bien fait. La musique, elle tient. Michael Youn, rappe juste. Il est dans les temps. Il y met de l’énergie et on a beau dire ce qu’on veut, il y croit. Le mec, il arrive sur scène, il se défonce plus que beaucoup de vrais…enfin bon de vrais (rires), on va dire de rappeurs originels. Dans le clip, il se laisse aller, il est vraiment marrant. Même toi, tu prends du plaisir. Même moi, j’ai rigolé. On peut dire ce qu’on veut mais son succès n’est pas immérité. Ça laisse à réfléchir.

Oxmo sur ta page myspace, il y a eu une reprise d’un morceau de Charles Aznavour (J’en déduis que je t’aime) réalisé à France Inter. Ces artistes de chanson française sont une influence pour toi ? Si oui lesquels ?

Enorme, comme tout le monde. Pour tout ceux qui sont pointus. Qui sont bien entourés. Qui ont eu des parents qui écoutaient la radio. Qui ont été interrogé par le charisme de ces personnages qui n’étaient pas des chanteurs comme tout le monde. Voila. Aznavour, Brel, Brassens, qui sont souvent cités sans connaissances de cause, parce qu’aujourd’hui c’est à la mode. Pour moi, ils avaient quelque chose de particulier. Ils n’étaient pas des artistes conventionnels. Ils avaient un débit particulier. Les textes et les sujets étaient complètement anti-constitutionnels. Ce n’étaient pas des chansons d’amour à la mord moi le nœud ! Aznavour, c’était le gris parisien, l’amertume, la tristesse, la nostalgie, la vie de tous les jours, la famille, le manque d’amour plus que l’amour. Ferré, c’était carrément un autre délire ! Pour moi, nous sommes comme des héritiers de ces artistes là, qu’ils le veuillent ou non. Que le monde le veuille ou non. Parce qu’aujourd’hui, les jeunes nous écoutent, parce qu’en vieillissant ils vont écouter encore nous écouter et qu’ils vont en parler à leurs enfants. Et que, nous nos disques et nos chansons sont là. Elles existent. Moi, je ne vais pas attendre qu’on soit tous morts pour que les gens découvrent que ce que l’on fait est intéressant. Je le dis tout de suite, il y a des perles ! Même dans un texte, qui peut faire peur à un certain public, il y aura beaucoup de vérités. Un morceau comme « Portait » de Rim-k, c’est une photo d’identité de beaucoup de jeunes de banlieues, aujourd’hui. C’est triste à dire, mais quand t’écoutes ces morceaux, tu te reconnais dedans. Moi, je me suis reconnu à une certaine époque, parce que c’est l’état d’esprit. Beaucoup de gens l’ignorent.

Moi, c’était dans « Blessé dans mon ego »de la Rumeur, « Les Vrais Savent » de Lunatic…

Mais c’est un pouvoir, un talent !

Ton « Qui peut le nier ? » et « L’enfant seul » m’ont beaucoup marqué aussi…

Ah ouais (un sourire) hélas, hélas… Enfin dans quelques années, on pourra dire que ça a existé. Que c’est comme ça qu’on réfléchissait. "Ces gens là, pensent comme ça". Et donc pour en revenir à Aznavour, la reprise a été faite à la dernière minute parce que je voulais faire un autre morceau. Mais ça m’avait tellement paru évident de chanter Aznavour que je me suis lancé dedans. Et c’est là que j’ai réalisé, que c’était bien plus complexe qu’il n’y paraît. J’avais sous-estimé, en fait. C’est-à-dire, qu’à l’écoute, ça parait facile, t’entends tous les mots. Mais quand il faut le faire, tu te rends comptes que c’est d’autres repères, c’est une diction. Une notion rythmique totalement différente. Et c’est là que tu vois le génie des mecs.

A tes débuts, il y avait une place pour tous les styles de Rap, Time Bomb en était le symbole. Que penses-tu du virage « street » qu’a pris le rap français ? Est-ce que le rap aurait justement besoin de réouvrir ses influences pour évoluer d’avantage ?

Je ne pense pas que le rap est trop « street ». Je pense que, à l’image d’une certaine surmédiatisation de certains cas malencontreux, il y a eu une surmédiatisation du rap « difficile », du « rap dur ». Il y a une demande, faut pas la nier. Une grosse demande qui a été créée par la lumière qu’on mis dessus aussi. Parce que, à coté de ça , il y a des rappeurs de jazz, des rappeurs plus musicaux. Des rappeurs plus spatiaux. TTC, Abd Al Malik, Rocé, Hocus Pocus, Le ministère des Affaires Populaires. Malgré tout, on est tous à la même enseigne. Un artiste que je suis en ce moment, Teddy Blow me disait « On chante." Car c’est de la chanson.(…) C’est la force des préjugés, des étiquettes des « tu rappes, tu fais pas de la musique », mais pourtant on fait danser les gens. Donc c’est de la musique, donc on chante. Je dirais même un truc de plus, c’est que tu peux rapper et chanter, mais tu ne peux pas chanter et rapper automatiquement. En travaillant pour d’autres artistes, j’ai réalisé que je pouvais écrire plus rapidement pour d’autres que pour moi-même. Ecrire hip-hop, écrire rap, il y a beaucoup de codes à respecter. C’est très complexe, en vérité.

C’est marrant que tu me dises ça, car l’autre jour j’ai entendu quelque titres de Saïd, le chanteur dont s’occupe Shurik’n et j’avais remarqué la pâte de Shurik’n dans l’écriture, son swing…

Ah ouais ? C’est marrant, en effet. Donc les mecs comme Shurik’n sont arrivé à un niveau où ils ont leurs styles. Ça tue, ça déchire. Ça veut dire qu’on passe vraiment à un autre niveau. Même moi, je commence à co-réaliser quelques petits projets. Ça veut dire que ça déchire, parce qu’aujourd’hui, tous les mecs qui veulent se lancer dans le hip-hop, pour y travailler savent que, il n’y a pas que rapper ou mixer. Tu peux être manager, avocat, régisseur, il y a plein de trucs à faire. Et quand je vois, tout ce que moi j’arrive à faire maintenant. Ça montre qu’on évolue, que l’avenir est devant. L’avenir est à nous.

Quels sont les mc’s et les concepteurs que tu admires et qui t’ont influencé ?

Sulee B, Dj Mehdi, Tonton Mars, Ke-C à une certaine époque.

Ah j’ai entendu des prods pour JL qui faisaient mal.

Moi, je n’ai rien entendu pour l’instant. Malgré tout, ces mecs ont des techniques qui n’ont même pas été dépassées, aujourd’hui. Et c’est pour ça que je donne encore leur nom. Il y avait une chirurgie du rythme qui est aujourd’hui négligée d’une manière énorme. Sinon, il y a la Mafia Kainfri, IAM etc., tous les mecs qui ont fait leurs preuves. Parce que faire ses preuves et qu’on parle encore de toi, aujourd’hui c’est preuve de travail. Et dans la nouvelle génération, il y a Sefyu, Soprano, Original Bombattak qui arrive aussi. Il se passe quelque chose…

Récemment on a vu le clip du Pucc’Fiction tourner sur Internet, d’où vient l’idée de cette vidéo tant d’années plus tard ?

Il y a deux ou trois ans, un mec que je ne connais pas m’aborde et me donne un cd avec le clip dessus. Il avait mis plusieurs mois à le réaliser pour son examen final de fin d’études. Il avait clipé le titre pour son devoir ! Je ne m’y attendais pas du tout, cela m’a fait bizarre, mais j’ai vraiment aimer son taf. Donc on a profité de la sortie du projet avec Cream pour le faire connaître. Il sera sur le cd.

Dernière question, quels sont tes projets à court, moyen et long terme ?

Déjà il y a cette mixtape, d’essayer de rentrer dans cette cadence pour écrire une chanson par semaine. Ce qui ferait, une 60aine de chansons par an. Ouais, ce serait pas mal. Finir ce prochain album. Apprendre le solfège, composer. Trouver une artiste qui chante des folies pour en faire une superstar. Ecrire un roman ou deux. Co-écrire, un film avec une amie très chère. Le problème, c’est que je n’ai pas assez de temps.


Enfin finissons notre spéciale "Réconciliation" avec les playlists "Rap Français" de DJ Cream et d’Oxmo Puccino

Playlist de Cream :

- Portrait - Rim k
- Pucc’ Fiction - Oxmo Puccino
- Le crime paie - Lunatic
- Demain c est loin - IAM
- Les points sur les i - Intouchables
- L’ amour - Ideal J
- J’ai mal au mic - Oxmo Puccino
- Cherche pas à comprendre - Fonky Family
- La vie qui va avec - Sefyu
- Enfance déraciné - Seven

Playlist d’Oxmo :

- Kery James - J’ai mal au coeur J’ai la chance de compter Kery james parmis mes proches depuis un certain temps et cette chanson est pour moi le plus haut degré de description d’un sujet social qui ne peut être compris que par une petite partie de la population, mais ressenti par le plus grand nombre.

- Lunatic - Le crime paie De par le nombre d’auditeurs qui furent touchés de près ou de loin par cette chanson, ce titre est devenu un slogan, un etat d’esprit que la France ignorait en son propre sein. Un hit avant l’heure.

- Oxmo Puccino - Le jour où tu partiras De par le temoignage de certains auditeurs j’ai compris qu’aussi confidentielle pouvait être la peine, nous l’avions tous en commun, et surtout qu’être prévenu ne change rien.

- X.men- J’attaque du mic Je pense que c’est ce morceaux qui a marqué le début de Time Bomb. Une fraîcheur intense de par le flow parfait, la musique agréable, et un texte juste... ludique. Quelque chose d’impensable à l’époque.

- Rim-k - Portrait Le plus beau morceaux d’autoanalyse, d’un jeune de banlieue parisienne en construction, ou en reconstruction... sur une musique sobre pour un ensemble troublant.

- NTM - Saint Denis Style Un hymne, sans commentaire

- IAM - Demain c’est loin C’est l’époque où j’ai commencé à prendre en compte la notion de classique, de l’unanimité. Une écriture photographique.

- MC Solaar - Matière grasse, contre matière grise Je ne savais pas quel morceaux choisir, tant la plume du monsieur est aiguisée, je me suis donc arrêté sur cette chanson où se place, une phrase qui fut citée par un jeune dans un rer, en direction du concert de Public Enemy dans les années 80’. Ce jeune fut par la suite une réference dans le monde entier...caca pipi capistaliste.

- Assassin - Je glisse A l’époque, ce morceaux avait quinze ans d’avance au point de vue technique, textuel. Ce blanc avec une putain d’attitude est le créateur d’un vers au sujet de la justice, qui est devenu un proverbe dans les quartiers populaires.

- Rocca - Comme une sarbacane Cette chanson est une revolution rapologique, l’expression de la passion sous sa plus haute forme métaphorique, pour un ego-trip de légende, pour moi La Cliqua dont était issu Rocca était comme Time bomb trop en avance...

lundi 27 août 2007, par Lyte, Punisher
imprimer article  Autres articles de Lyte |Autres articles de Punisher | Mots-clés |

Sur le thème : banlieue

Kidulthood : les chroniques d’une jeunesse anglaise le 5 février 2008:
Retour sur un film sorti en 2006 en Angleterre et qui n’est paru en France que dans son édition DVD fin 2007. De son nom français "Generation Gansgta", ce film qui a fait l’effet d’un choc (...)

Après TF1, c’est Paris Match qui vous ment le 4 octobre 2007:
Après 50 minutes Inside qui caricature le rap, voici une nouvelle abération médiatique. Le 1er mars 2007, en pleine campagne électorale, Paris Match publie un reportage photo de Eric Hadj sur la (...)

Spécial Krump / Respect us and our Dream ---- Respectez nous et nos rêves le 21 septembre 2007:
Ce trailer a été fait suite à une vague d’intolérance, d’insultes discriminatoires et racistes en France et plus particulièrement à Paris contre certains danseurs qui se disent Hip Hop ou même seulement (...)

En noir et blanc le 17 août 2007:
Après s’être exprimé contre le racisme dans le très réussi « En noir et blanc », Seyfu a décidé de pousser le concept plus loin. En allant à la rencontre des figures emblématiques du métissage français mais (...)

Casey est chez elle en martinique le 29 juin 2007:
Retour sur le cas Casey... Casey est un problème pour la langue francaise. Elle casse la notion même de genre. Casey n’est pas un "rappeur francais". Elle est pourtant LE bonhomme du rap (...)

0 | 5 | 10

Réagir à cet article

Forum

Pour commenter cet article, merci de vous enregistrer. Indiquez ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

[Connexion] [s'inscrire] [mot de passe oublié ?]

Add to Netvibes Subscribe in NewsGator Online
   

http://www.urban.youvox.fr est motorisé par spip 2.1.2 [16017] associé à des squelettes spip Rizom | Design by « La Benne »