
Tes débuts ?
Pace Won : On a toujours écouté du son à la maison. Mon père bossait. Il avait son boulot pour subvenir à nos besoins mais à côté, il collectionnait des disques de jazz, de soul, de reggae donc on écoutait beaucoup de musique. Enfin le seul moment où on pouvait en écouter, c’est quand il passait ses disques parce qu’il ne voulait pas qu’on touche à sa platine. J’ai écouté du rap vers 9 ans et j’ai commencé à rapper vers 12 ans. J’écoutais Run DMC, Slick Rick, Rakim mais c’est surtout le morceau "La Da Di" de Doug E fresh qui m’a donné envie de faire de la musique.
Donc j’ai commencé seul dans ma chambre avant de monter des groupes. Mes deux frères étaient aussi à fond dans le rap donc ça a créée une émulation à la maison. Après, j’ai monté un groupe du nom de PNS et puis s’est crée Outsidaz de fil en aiguille.
Le new jersey est connu pour son style de rap trés porté sur le flow...
Pace Won : Pendant longtemps, on a pris le New Jersey pour la campagne de New-York et c’était très dur d’être pris au sérieux. Les premiers à avoir explosé commercialement ce sont les Fugees. Il y a eu Lord Of the Underground, Real Live, Redman, Artifacts, Keith Murray, Joe Budden, nous, Rah Digga. Aujourd’hui tu as des new commers comme Cymarshal Law, Kosha Dillz, Ill Souls, Gilla House, le crew de Redman. Donc je pense que la scène de Jersey se porte bien. En fait, il n’y a pas d’infrastructures, de radios qui jouent du rap. D’un certain côté, ça pousse les gens à être meilleur. De l’autre, il y a beaucoup plus d’efforts à faire pour percer et parfois, il faut déménager. Il y a des groupes, du potentiel mais tout se joue à New York.
Aujourd’hui des gars comme Method ou même Redman avouent avoir du mal à se maintenir dans leur carrière car le rap change trop vite. Comment vois-tu cette industrie ?
Pace Won : Ils sont des pièces maîtresses de cette musique et de cette culture. J’ai travaillé et j’ai tourné avec eux donc je sais de quoi je parle. Néanmoins, l’industrie du rap est une industrie très dure et ingrate. Il suffit qu’une équipe en major change, qu’il y ait une baisse des ventes et tout peut changer aussi longue soit ta carrière, aussi importante soit les ventes. Après il s’agit de continuer. Concernant Redman son dernier album est très bon. Et Method Man est un très bon rappeur mais les beats ne sont pas au rendez-vous.
Toi même, tu produis. D’ailleurs dans Outsidaz, vous produisiez vos beats ?
Pace Won : Oui, nous avons toujours produit des beats pour n’attendre après personne car c’est cher et ça aurait pu nous bloquer à nos débuts et puis tu n’es toujours bien servi que par toi même. Par la
suite, j’ai composé un crew de producteurs du nom de Team Won où nous avons produit Telepathy et Team Won qui est à la fois mon crew de rappers et beatmakers mais je n’ai pas une vision exclusive. Par le passé, j’ai beaucoup bossé avec Ski.
Là, j’ai sorti un album avec Mr Green, un très bon beatmaker.
Ski, le même gars qui a produit pour Jay-Z, Dead Presidents ?
Pace Won : Oui, c’est ça. D’ailleurs, c’est pas son seul morceau. Il a beaucoup bossé avec Jay-Z sur Reasonable Doubt. Il a produit pleins de trucs. J’en ai quelques uns en tête : Politics As Usual, In My Lifetime, Who You Wit, Streets Is Watching et pas mal d’autres. Il a produit baucoup pour Camp Lo, Krumb Snatcha, Bahamadia, Li’l Kim, Fat Joe, Foxy Brown... Que du beau monde. Ski avait déjà produit pour Outsidaz "the Rah Rah" et "Don’t look now". C’était une de mes connexions. J’étais signé sur Roc-A-Bloc. Ski et moi avons bossé étroitement. Il a produit près d’une dizaine de morceaux de mon solo et notamment "I declare War".
Comment as-tu rencontré Eminen et comment as-t-il intégré Outsidaz ?
Pace Won : Nous connaissions Bizarre depuis un moment. Bizarre voulait à tout prix me faire écouter un pote à lui. C’est comme cela que ça s’est fait. J’ai débarqué à Detroit et Eminem m’attendait à l’aéroport. On a filé en studio et on a enregistré dans la foulée. On s’est lié d’amitié. Il est venu dans le New-Jersey et les autres de Outsidaz n’en revenait pas qu’il soit blanc. Eminem et D12 sont rentrés dans le crew dans la foulée. On a fait plusieurs morceaux ensemble, fait des concerts avant que Eminem n’explose. On s’était promis de s’aider les uns, les autres, lorsque le premier aurait une opportunité d’exploser...

C’était quand que vous vous êtes rencontrés ?
Pace Won : Je suis allé à Detroit et j’ai rencontré Eminem pour la première fois en 1994, à l’aéroport comme je te le disais. J’ai écouté ces morceaux en voiture et je lui ai fait écouté les miens et on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose ensemble.
Par la suite vous deviez signé sur Shady Records ?
Pace Won : C’est ce qui était prévu effectivement et je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé. D’abord dans Outsidaz, chacun s’est focalisé sur sa carrière solo et je pense qu’Eminem nous a oublié, que ses priorités ont changé. Ton pote signe avec Dre, il cartonne. Tu es content pour lui. Juste parce que tu sais qu’il va avoir les moyens de cartonner puis au bout d’un moment, tu attends... Et puis le temps passe et ce qui était une promesse devient un vulgaire mensonge malgré le fait qu’il ait réitéré à plusieurs reprises l’idée de nous signer. Il en parlait même dans ses interviews. Et puis, cette affaire a commencé à puer la merde.
Young Zee était annoncé comme signature ?
Pace Won : Oui comme Outsidaz auparavant et il ne s’est rien passé ensuite. Là aussi, ça a trainé et puis finalement Zee a signé sur Runyan Ave, label de Kuniva de D12. Après, je n’ai pas suivi mais je crois que là aussi ça a dormi.
Où en est Outsidaz aujourd’hui ?
Pace Won : Chacun est focalisé sur sa carrière solo. On a tous des familles, des engagements mais nous sommes tous très proches les uns des autres donc si nous trouvons un budget et un label conséquent, on pourra tous se réunir pour un album et faire ça bien.
Est-ce que tu peux nous parler de ton nouveau projet ?
Pace Won : Team Won est mon nouveau projet et ça sort en Novembre en Europe et dans la foulée aux Etats-Unis. Ca sort sur le label Ascetic Music que je dédicace. Merci à Lotfi et Amine pour leur soutien. C’est un album concept qui présente mon crew de beat makers et de mcs. C’est un album familial composé de morceaux solos pour la moitié et pour la seconde moitié de collaborations entre mon crew et moi. Le concept, c’était de retrouver l’énergie du rap, le plaisir de la rime et de la punchline sans faire dans le "politicaly correct". Sans se prendre la tête. Je voulais retrouver un côté crade, spontané donc les morceaux avec Team Won sont né comme ça, enregistré live, sans back, sans pouvoir reprendre. Les morceaux solos eux sont par contre plus travaillés mais toujours dans cette volonté d’aller à l’essentiel. Aujourd’hui le rap devient un produit de consommation où tout est oublié. Les rappeurs ne rappent plus, ne racontent rien, s’autocensurent ou font dans la rime gratuite. Là, avec Team Won, il s’agit de performance, de rimes brutes. Il n’y a pas de superflu.
Comment as-tu signé sur un label européen et que représente l’Europe pour toi ?
Pace Won : Nous avons beaucoup tourné en Angleterre et nous avons beaucoup de fans là-bas avec Outsidaz. Nous sommes venus aussi faire pas mal de promo chez vous, en France. J’ai aussi tourné avec Morcheeba que j’ai accompagné sur toute la tournée pour "Charengo". Je suis d’ailleurs venu en France dans ce cadre. Donc j’aime l’Europe. J’ai refait récemment la Scandinavie et l’Angleterre avec Mr Green. Dès que j’ai l’occasion de venir ici, je fonce. Pour moi, c’est l’ouverture sur plusieurs cultures et la possibilité de continuer à exprimer ma vision du rap, faire des shows et partager cela avec le public. Signer sur un label implanté ici, ça veut dire être développé ici et avoir des antennes dans chaque pays pour que l’album fonctionne bien. C’est important et très rapidement, j’ai compris que le succès dépend de ton implantation dans chaque pays, ce que les labels américains et les artistes comprennent de moins en moins bien aujourd’hui.
Ta signature chez Ascetic Music, ça s’est fait comment ?
Pace Won : Je devais sortir "Telepathy" chez Ascetic Music mais ils voulaient faire un projet exclusif pour le label. Telepathy était déjà sorti aux Etats-Unis donc on est parti sur une autre idée et c’est comme cela qu’est né ce projet. Je connaissais Amine et Lotfi pour les avoir rencontré plusieurs fois en France et en Angleterre quand j’étais en tournée avec Outsidaz et avec Morcheeba. Le feeling est bien passé et on a décidé de travailler ensemble.
De quoi parle les morceaux de Team Won ?
Pace Won : Avec Team Won, on parle beaucoup de l’évolution du rap, de hustlin’, des mauvais rappeurs. Sur les morceaux solos, de meufs, de weed, des petits caids, de Brick City. ll y a du story telling... Ca parle de la vie, du quotidien, des jours fast et des jours sans. En fait, je me suis rendu compte que je n’avais pas les mêmes angles lorsque nous rappions tous ensemble et lorsque je suis en solo. J’aime bien ce truc, c’est inconscient. En solo, tu cherches des gimmicks, des hooks alors qu’en groupe, tu es plus incisif. Il faut frapper l’esprit direct. Les deux réunis sur un projet, ça permet d’offrir à la fois une constance et de la diversité. Je me suis rendu compte de tout cela, une fois le master dans les mains.










