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Life Long présente son nouvel album : Longevity-Interview

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lundi 11 février 2008, par derick
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L.i.f.e Long du crew Stronghold qui compte en son sein Immortal Technique, C-Rayz Wallz, Breez Evah Flowin et Poison Pen revient sur son album "Longevity" qui vient de sortir sur le label français Ascetic Music, déjà responsable des albums de Kohndo, Insight, Mr Live et Fred Ones de Sonic Sum... Après une flopée de featurings notamment aux côtés de Antipop Consortium, Pharoahe Monch, Mike Ladd, Killah Priest du Wu-Tang, Scienz of Life, Aesop Rock pour n’en citer que quelques uns, il nous livre un premier album emprunt de sonorités jazz, soul et fait revivre le boom bap new-yorkais du golden age.

Quelle est ta définition du Boom Bap ?

Le Boom Bap pour moi fait référence au soul clap, a ce son que tu obtient en tapant dans tes mains ou sur une table. L’assise rythmique du rap, c’est le beat... Il y a véritablement une identité "Boom Bap" lié au beat mais aussi à cette manière de sampler, d’utiliser la soul, le jazz, le funk... Disons que pour moi le Boom Bap va de 1992 à 1998, en tout cas son age d’or... Mes influences pour « Longevity vol 1.5 » sont très boom bap originel, ce son « raw ». Je voulais retrouver ce son qu’on a oublié aujourd’hui et qui renvoie directement au Golden Age du Hip-Hop, lorsque la créativité et l’originalité étaient une quête. J’ai grandi avec l’esprit éclairé de la Native Tongues. De plus, je suis de New-York, donc la seule chose que je connaisse, c’est cette ville et la manière dont les new-yorkais ont toujours fait du Hip-Hop. Je suis un pur produit de mon environnement. J’aime ce boom bap « raw » aussi bien au niveau de ce que ça raconte que du son, des prods, de la manière dont sonne le beat.

Comment est né ton groupe Stronghold ?

En 1997, nous nous connaissions plus ou moins tous par personne interposée ou parce que nous nous croisions à des concerts après avoir écumé les scènes sur N.Y. On traînait beaucoup au « 88 Hip-Hop », un lieu que tous le monde devrait connaître. Breez eut l’idée d’associer ceux qu’il considérait comme étant les meilleurs Mcs encore méconnus de la ville. Nous avons formé ce crew avec l’intention de créer une dynamique, un réseau et de changer un peu la donne. C’est comme cela que Stronghold est né. Très vite, on a commencé à poser sur diverses mixtapes, sur tous les projets où l’on pouvait se faire remarquer…Et puis surtout, nous avons écumé les battles et les open mics où le groupe a acquis ses lettres de noblesse. Stronghold est un peu comme les cinq doigts d’une main… Chacun a sa personnalité propre, mais on se retrouve sur l’idée de faire un hip hop « raw » qui représente l’énergie de New-York. Pour reprendre la métaphore, si j’étais un doigt, je serais le pouce parce que je suis celui qui est le plus inspiré musicalement par les nineties, l’esprit Native Tongues, le golden age new yorkais… C’est un groupe qui s’est formé pour l’art de la performance, du MC’ing comme il y en a beaucoup qui se créer autrefois. Un peu comme le Wu-Tang toutes proportions gardées. On a tous vendus nos mix-tapes dans la rue, fait des battles, rapper dans la rue, traîner devant Fat Beats pour y déposer nos maxis. On s’est forgé avec le temps en apprenant à chaque étape. Stronghold est le fruit de cette énergie new-yorkaise… C’est la seule ville au monde où tout y est ouvert 24 heures sur 24. C’est aussi une des rares villes aux Etats-Unis où tu trouveras autant de rappeurs au mètre carré. Stronghold, c’est vraiment le east coast rap et l’esprit de cette ville...

D’où vient ton nom ?

C’est un acronyme. L.I.F.E veut dire « Living In Full Effect » et Long est synonyme de la volonté à chaque étape de sa vie de passer des caps, d’évoluer, d’ouvrir ses perspectives. C’est un peu un mouvement permanent que nous effectuons aussi bien à un niveau personnel que collectif. En fait, mon nom est indissociable de l’idée de faire passer des idées dans ma musique et mes textes en évitant le prêche. Mais l’idée, c’est de communiquer des choses simples, du ressenti ou des choses très pragmatiques… Mon nom est aussi un témoignage sur l’idée que le hip hop a traversée les âges, évolue mais qu’il est nécessaire de se souvenir de ses origines, des acteurs du passé, d’entretenir l’idée que cette musique est une culture basée sur l’innovation, la quête de la performance… Quand j’étais môme, j’adorais écouter Marley Marl, Red Alert, Run DMC, Slick Rick, EPMD, Krs, Jungle Brothers… Et j’espère à mon tour perpétuer cela, apporter ma pierre à l’édifice…

En aparté de Stronghold et de ta carrière solo, tu évolues aussi dans d’autres groupes ?

Oui avec mon partenaire de rimes Loer Velocity, nous avons monté un groupe du nom de Writers Guild… Je bosse aussi avec Creative Juices, qui est à la fois un team de producteurs et un label… Et puis, il y a eu l’expérience "Majesticons", un collectif à géométrie variable mis en place par Mike Ladd le temps d’un album et de la tournée qui a suivi… Stronghold, c’est ma famille mais j’ai aussi des connections "étendues" comme les mecs de Def Jux, de la Atoms Family, Antipop aussi, Mr Live, Fred Ones, Ascetic Music... J’aime établir des connexions à travers le monde.

Quels sont les artistes avec lesquels tu n’as pas encore collaboré et avec qui tu souhaiterais le faire si l’opportunité t’était donnée ?

Je pense à Krs One, Planet Asia, Wu-Tang, Cocoa Brovaz et faire un morceau avec mes potes Prince Po et Pharoahe Monch sur le même morceau. Un morceau avec Organized Konfusion à l’ancienne, ça le ferait bien…J’ai eu l’occasion de collaborer avec Pharoahe Monch et Antipop sur le morceau « What Am I »… La liste est longue. En tout cas, j’ai eu l’occasion d’inviter sur « Longevity » des mcs que j’apprécie vraiment. Checkez le morceau « Skrypt Keepahs » et vous comprendrez !! Personnellement et pour beaucoup d’amoureux de cette musique, on a besoin de réécouter les références du passé. Je me souviens qu’à l’époque où Organized Konfusion était encore ensemble, leurs albums m’inspiraient pour écrire. C’était la même chose avec De La Soul et Tribe Called Quest !! Même chose pour le premier album de Souls Of Mischiefs : « 93’Till Infinity » c’était le tube. J’allais souvent dans ce club hip-hop à New York appelé le Palladium connu pour ses concerts légendaires… Avant que le Palladium ne ferme, les organisateurs avaient pour habitude d’organiser, tous les 31 décembre pour célébrer la nouvelle année, des concerts incroyables… J’y ai vu De La, Tribe, Souls Of Mischiefs… En rentrant chez moi, je me mettais à écrire pour progresser et pour parvenir à leur niveau...

Tu as posé sur des albums majeurs, de ce qu’on a appelé le rap spé comme le « Tragic Epilogue » d’Antipop, l’album de Cannibal Ox. Comment se sont faîtes ces connexions ?

La plupart des projets sur lesquels j’ai posé se sont faits naturellement car je connais la plupart des protagonistes de la scène new-yorkaise. Pour Antipop, je connaissais Antipop avant qu’il soit Antipop. Je connaissais Beans et Priest avant qu’ils ne rencontrent M-Sayyid. Earl Blaize a un studio et je travaille régulièrement avec lui dès que j’ai des mixes, des prises à faire. Même chose pour Cannibal Ox, je connaissais Vordul et Vast Aire avant que Cannibal Ox n’existe vraiment. Nous étions et sommes très proches avec la Atoms Family, parce que nous partagions les mêmes scènes, les mêmes studios et nous avions cette même volonté de défoncer l’underground. Fred Ones est aussi quelqu’un que je connais par rapport à son studio TME et Sonic Sum, c’était bien avant que je ne collabore avec lui pour son album solo. Disons même que toutes ces personnes sont connectées entre elles. Fred Ones est le DJ de Mike Ladd et le concepteur de Sonic Sum. J’ai connu Mike Ladd en même temps que Fred Ones. Lorsque Mike travaillait sur « Majesticons », c’est tout naturellement Fred Ones qui a réalisé l’album. Et ils m’ont proposé de passer et poser dessus. J’ai connu Aesop Rock par le biais de Cannibal Ox. Scienz of Life, c’est aussi des gens que je côtoyais depuis de nombreuses années. Donc toutes ces collaborations sont venues naturellement, parce qu’à New-York, on se connaît tous plus ou moins.

Il y a pas mal d’invités sur ton album ?

Sur cet album, j’ai invité UG du légendaire groupe Cella Dwellas. J’ai toujours aimé leur manière d’atomiser le beat. Il y a aussi Poison Pen, mon pote qui vient de sortir son album. Apani qui est une MC et une amie que j’aime. C’était un peu mon Pygmalion quand j’avais des questions sur le business et ce genre de trucs. Il y a Iomos Marad de Chicago qui fait partie de la famille All Natural. Je ne voulais pas inviter des gens que tu vois partout, mais donner une couleur un peu particulière, un truc qui soit lié à l’affect. Je pense que beaucoup de gens seront contents d’écouter le morceau avec UG. Je voulais aussi avoir Steele de Cocoa Brovaz, mais on était chacun dans nos albums et tournées respectives… C’est partie remise.

Pourquoi avoir appelé l’album « Longevity vol.1.5 » ?

J’ai nommé le projet ainsi à cause de ma durée dans cette industrie. Cela fait maintenant une décennie que je travaille, existe dans ce milieu et j’ai vu beaucoup d’artistes venir, partir, disparaître, se compromettre. Ça n’est pas non plus mon premier album, j’ai plusieurs EP’s et un album « Struggle Paradise » à mon actif, mais en même temps cet album est le premier qui sort à l’international. Le titre a plusieurs significations. Cela a aussi un rapport avec le processus de cet album qui a pris un an, un an et demi entre le moment où j’ai signé avec Ascetic Music et le moment où j’y ai apporté la touche finale. C’est aussi un instantané dans ma carrière et en même temps, c’est un album intemporel.

Comment s’est faite la signature chez Ascetic Music ?

C’est Mike Ladd qui a fait la connexion. Je suis venu en France pour la tournée Majesticons et j’ai rencontré les mecs qui faisaient le magazine Real et qui venaient de monter Ascetic Music. Et puis j’ai suivi leur travail sur l’album de Fred Ones où j’ai posé… On a alors décidé d’avancer ensemble… Ils ont sorti Mr Live que je connais bien. Je ne connais pas Insight personnellement mais j’aime son travail donc tout cela a été un gage de qualité pour signer.

Qu’est-ce que tu attends de cette signature ?

De m’implanter en Europe car jusque-là je travaillais avec Raptivism et je n’arrivais pas à toucher l’Europe et le reste du monde. Mon travail restait confinée aux États-Unis si bien qu’on me connait plus ici pour ce que j’ai fait avec Antipop, Mike Ladd, Cannibal Ox que pour mes EPs, mix-tapes. Cet album va rétablir l’équilibre. L’album sort en Avril chez Koch et c’est une très bonne nouvelle car c’est un bon distributeur. Jusque-là, j’avais travaillé avec Raptivism et Fat Beats et là, c’est le niveau au dessus... Et puis surtout, je veux tourner et rencontrer tout le monde...

Comment tu travailles ? Qu’est-ce que tu aimerais qu’on retienne de toi ?

Je cherche à sonner différent sur chaque titre. J’essaye de coller aux beats et à l’ambiance, et surtout j’aime le hip-hop dans son ensemble. J’ai une vision arrêtée sur ce que doit être le hip-hop, mais je ne suis pas un réfractaire pour qui le son ne peut être qu’expérimental, que boom bap, que jazzy… Pour beaucoup des featurings, le son est déjà là et j’arrive à percevoir la couleur que veulent les gens qui m’invitent, donc je m’adapte. C’est vrai que beaucoup en Europe pourront présager de mon album par rapport à mes featurings, ceux que tu viens de citer, mais je ne suis pas seulement le gars qui a posé avec Antipop, Aesop Rock, Cannibal Ox, Pharoahe Monch, Priest ou Mike Ladd. Je suis connecté, dans ce sens où j’appartiens autant à cette scène qu’à l’envie de perpétuer cette tradition à la Boot Camp , Cella Dwellas, DITC, Organized Konfusion. J’aime ce son dur, agressif, old school, mais je suis toujours prêt à partager le mic avec n’importe qui… Je pense qu’aujourd’hui, il y a un retour aux fondamentaux du rap. De MF Doom en passant par Common ou Nas, chacun a sa vision du rap, chacun appartient à un segment différent de cette musique, et pourtant ils font partie de cette musique et puisent dans les racines de cette musique, son histoire, dans le Boom Bap et l’adaptent, le rénovent, le façonnent avec leurs regards. C’est ce que j’ai essayé de faire à ma manière sur cet album. « Struggle Paradise », mon EP précédent, avait un attachement moins marqué, le parti pris était plus large, plus conventionnel. Là, c’était un peu un témoignage d’un mec de 30 ans sur son environnement et sur l’envie de revisiter ce qui est pour moi la période majeure du Hip-Hop.

Est-ce qu’on peut espérer un album de Stronghold, un jour ?

Oui, j’en parlais la dernière fois avec Breez… C’est vrai qu’aujourd’hui, nous sommes tous pris dans nos vies et nos carrières solos mais c’est quelque chose que nous devrions planifier pour les années à venir.

En quoi Longevity est différent de tes travaux précédents ?

J’ai fait cet album en étant focalisé sur moi, ce que j’avais envie d’exprimer et pas ce que les gens veulent. Ce sont des idées simples qui animent chacun des 13 titres. Qu’est-ce que la vie ? Comment maintenir ses aspirations quand tout part en couille ? Ce sont les axes qui ont un peu animé les morceaux. "Simple Life" parle des petites choses qui nous nourrissent, nous rend heureux. "Rose Petals" parle de rupture amoureuse... C’est juste un album honnête où j’ai fait ce que je voulais sans prétendre révolutionner le rap mais j’ai apporté ma pierre à l’édifice.


lundi 11 février 2008, par derick
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