L’histoire débute en avril 2002 : La Rumeur édite via EMI, dans la foulée du second album, un magazine nommé simplement "La Rumeur, le magazine". En effet, le groupe refuse de faire sa promotion à la fois sur Skyrock et sur la presse spé "qu’ils accusent de niveler le rap par le bas" (Libération 12/06/07), et créé donc son propre média. L’occasion pour les rappeurs de mettre sur écrit, de façon journalistique, explicite et argumentée, ce qu’ils expriment habituellement au travers des vers.
Les réactions ne se font pas attendre :
La première menace de plainte vient de Skyrock qui obtiendra de la maison de disque le retrait du magazine malgré les objections de La Rumeur. La plainte sera malgré tout déposée par la radio et mettra la puce à l’oreille du ministère de l’intérieur.
Deux semaines plus tard Nicolas Sarkozy porte plainte pour diffamation contre EMI, éditeur du magazine et contre Hamé, à l’origine de l’article nommée "L’insécurité sous la plume d’un barbare". En effet, il y fait état de nombreuses bavures, allant jusqu’aux meurtres non résolus commis par les forces de police.
Hamé est accusé par le ministre de l’intérieur de l’époque de "porter atteinte à l’honneur et à la considération de la police nationale".
Les passages en cause sont les suivants :
« Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. »
« La réalité est que vivre aujourd’hui dans nos quartiers c’est avoir plus de chance de vivre des situations d’abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l’embauche, de précarité du logement, d’humiliations policières régulières, … »
« La justice pour les jeunes assassinés par la police disparaît sous le colosse slogan médiatique « Touche pas à mon pote ! ».
Alors qu’EMI se défend de sa liberté d’expression, Hamé préfère entré dans le vif du sujets et apporté, devant le juge, des arguments et des preuves à ses affirmations. Ainsi quand la juge demande à Hamé qui sont les frères évoqués dans le premier passage en cause, l’auteur lui site une liste de "30 noms de victimes de bavures policières" (Libération 12/06/07).
Là où l’affaire devient malsaine, c’est quand après deux relaxes - décembre 2004 et juin 2006 - le procès va en cour de Cassation. Hamé expliquait au Grand journal de Canal + du 26 juin "Après une double relaxe, c’est rarissime qu’une affaire de diffamation atterrisse en cassation, cela dure depuis 5 ans maintenant [...] mais cela ne nous a pas empêché de continuer à faire des disques et des tournées, cela ne nous a pas empêché d’apporter des preuves aux crimes et violences impunis depuis 50 ans".
Il a conclu en expliquant "Si nous vivons dans une société qui poursuit davantage ceux qui dénoncent les brutalités policières que ceux qui les commettent, c’est un honneur d’être inculpé".
Bien que le rappeur ai de grandes chances de gagner à nouveau ce procès (décision rendue le 26 juin prochain), n’oublions pas qu’il paye lui-même son avocat depuis 2002. Donc, à part la volonté de le ruiner (déjà 15 000€ dépensés), on comprend mal l’entêtement du plaignant qui d’un point de vue image à plutôt à perdre qu’à gagner. Non seulement, la liberté d’expression est respectée mais il a en plus permis à La Rumeur d’accéder aux grands média pour expliquer leur point de vue argumenté dans un magazine qui aurait pu passer inaperçu aux yeux du grand public.
Il est juste désolant que les rappeurs est plus de facilité à accéder à certaines chaînes généralistes par le biais de leur actualité carcérale que musicale.
Le combat continue.

Voir le dernier clip de La Rumeur "Qui ça étonne encore"
Le site du groupe
Et le clip "Non sous titré" pour finir en beauté :










