
- Affiche du film
Kidulthood est un film qui tient à un duo devant et derrière la caméra. Ce duo est composé du réalisateur Menhaj Huda et du scénariste et acteur dans le film Noel Clarke (Sam dans le film).

Tous les deux originaires de West London, leur but était de décrire le quotidien d’une partie de la jeunesse anglaise, celle qui apparaît de plus en plus dans les journaux londoniens pour des histoires de gangs et de trafics en tous genres. Vous me direz « rien de bien nouveau » mais l’âge de plus en plus précoce de ces jeunes peut choquer, puisque dans le film ils ont à peine 15 ans.
Pour décrire l’histoire sans trop raconter le film je vais faire simple : Dans un lycée de Londres où règne une ambiance chaotique ; suite au suicide d’une jeune fille persécutée par une bande d’autres filles, les cours sont suspendus.
Durant cette journée sans cours, on suit d’un côté deux filles et de l’autre trois garçons en vadrouille dans l’attente d’une soirée qui conclura leur journée.
Tous les maux de cette jeunesse sont abordés : la fascination pour le gangstérisme et l’argent facile, la maternité prématurée, la drogue, le sex à outrance (aussi bien dans les paroles que dans les faits), les embrouilles, le manque de sentiments et de valeurs, le racisme …
On suit surtout deux personnages, Trife (joué par Aml Ameen) jeune homme de 15 ans

- Trife
qui trafique des flingues pour son oncle qui est un des caïds du quartier. Il rêve de quitter l’école et de rentrer à son service pour enfin se faire respecter à sa juste valeur et faire rentrer de l’argent.
Trife vient de rompre avec Alisa (jouée par Red Madrell)

- Alisa
et celle-ci apprend qu’elle est enceinte de lui. C’est cette relation qui sert de file rouge à un film qui nous fait voyager dans le West London sur une bande son Grime qui réunit toutes les têtes d’affiches d’Angleterre comme The Streets (avec le sublime « Blinded by the Lights »), le surdoué Dizzee Rascal, Roots Manuva, Lethal Bizzle, Shystie…
Finalement, le plus choquant dans ce film c’est l’état de cette jeunesse Londonienne ; état qu’on pourrait facilement transposer à la jeunesse de chez nous.
Premièrement, c’est le rapport au sexe qui se dégage des attitudes de ces jeunes. Chaque phrase y fait allusion, mais le plus impressionant, c’est la manière dont ces jeunes en parlent. J’ai cru me retrouver face aux personnages plus vieux de Menace 2 Society qui parlent de pétasses à tout bout de champ sans aucun souci, pourtant on est bien en face d’adolescents de 15 ans.
Certes à cet âge le sexe est une préoccupation prééminente mais on peut s’étonner de la manière de l’aborder et d’en jouer comme un moyen d’obtenir des choses comme le font les adultes finalement. Le personnage Becky (jouée par Jamie Winstone) en est l’exemple parfait. Tout cela entre dans le comportement de jeunes qui vivent sans rien avoir à perdre et où le respect de l’autre et de soi-même n’existe plus.
La journée que l’on passe avec eux semble une chute sans fin. Même si à certains passages ils s’accrochent pour faire rejaillir leurs sentiments, ils sont constamment rattrapés par leur réalité. On sent que ces jeunes vivent dans une atmosphère de désespérance acceptée où le plus faible est tout simplement supprimé. C’est le cas du personnage de Katie qui se suicide au début du film et qui termine sa lettre d’adieu par la phrase « tout vaut mieux que ce que je vis ici ». Sentiment que l’on peut aisément partager à la vue de Kidulthood.
Dernier aspect prédominant dans ce film très riche : le rôle des adultes.
Ils font office de refouloir pour ces jeunes et sont les vecteurs du dégout d’une société pour une partie de sa jeunesse qui n’entre pas dans ses codes. Les parents n’ont aucune autorité et se préoccupent peu de leurs enfants, d’autres comme les personnages du chauffeur de taxi, du vigile du magasin et de la femme que Trife tente de séduire, refusent toute confiance à ces jeunes qui cherchent à prouver leur valeur. Il s’en dégage une violence souvent gratuite de la part de cette jeunesse qui n’a aucun scrupule à attaquer des adultes quelque soit leur sexe ou leur âge.
Le film se termine sur fond de réminiscence de la part du héros mais aussi de règlement de compte ce qui ne peut empêcher le parallèle avec la fin de Menace 2 Society.
Deux maximes ressortent de ce film : la première est le slogan du film Le Cercle de la Haine et qui dit « Chaque société hérite de la jeunesse qu’elle mérite », la seconde est celle de Prodigy dans Shook Ones Pt II : « I’m only nineteen but my mind is old.. » ("J’ai seulement dix-neuf ans mais mon esprit est vieux") et bien à la vue de ce film on peut remplacer le « nineteen » par fifteen (15).
Ce film poignant est à voir pour tous ceux qui aiment ce genre de chroniques sur l’état des populations urbaines à l’image de La Haine, Boyz In The Hood ou La Cité de Dieu. Ce n’est pas un chef d’œuvre mais un bon film qui tient en haleine dans sa totalité aidé par de jeunes acteurs talentueux et une bande son made in UK qui intervient toujours au bon moment. Noel Clarke le scénariste est en train d’écrire Adulthood la suite de Kidulthood qui sortira en Angleterre courant 2008. On attend avec impatience…







