Peux tu nous raconter ton histoire…
Lord Finesse : J’ai commencé à rimer à l’âge de 14 ans et c’était donc en 1984. Mes premiers pas dans le game étaient en 1989 sur le label Wild Pitch, j’ai fait un album « The Funky Technician ». J’ai été le premier artiste avec lequel Dj Premier a bossé en dehors de Gangstarr. On pouvait y retrouver en featuring Show, A.G et Diamond. Entre temps, j’ai rencontré Big L vers 1990-1991.
J’ai signé chez Giant Records en 91 pour faire en janvier 92 l’album « The Return Of The Funky Technician ».
J’ai fait un autre album en 1995 chez Penalty Records, qui s’appelait « The Awakening », j’ai produit pas mal de prods sur divers projets underground. J’ai eu le privilège de bosser avec Biggie pour le morceau « Suicidal Thoughts » dans son premier album. Capone N Noriega, pour les deux albums. Tous les projets de Diggin In The Crates. Dr Dre, pour le morceau « The Message » dans l’album « 2001 ». J’ai aussi eu la chance de travailler avec le légendaire Roy Ayers.

Tout au long de ma carrière, j’ai toujours été respecté. Si je suis aussi humble et honoré d’être là aujourd’hui, c’est parce que j’ai toujours reçu du respect par ces groupes qui m’ont inspiré et influencé. Des groupes tels que The Treacherous 3, LL Cool J, Slick Rick, Doogie Fresh, Rakim, Kool G Rap, tout les lyricistes ! Tout ces gars qui m’ont donné l’envie de faire ma place dans le game. Comme, Grand Master, Busy Bee.
Tu sais, pour moi, un mec comme Busy Bee est un exemple à suivre. Il a toujours géré sa carrière, alors qu’il n’a jamais eu de hit. Tu vois le truc ? Il a toujours été une bête de scène.
C’est pour ça que pour moi, faire un disque de platine n’a jamais été une priorité. Tant que je suis performant sur scène, c’est tout ce qui compte. Il y a plein d’artistes, qui sont disque d’or & platine, mais ils ne peuvent pas être performant sur scène.
Tu sais, j’ai commencé à mixer avant de rapper. Car je n’ai jamais voulu être un rappeur. (Il sourit) Je voulais être un dj ! Les djs, à l’époque, attiraient l’attention de tout le monde ! Ils mixaient dans les « house party ». Ensuite, ils avaient des plans avec les filles ! Mec, je voulais être un dj ! Je les regardais, du genre « waw ! ». Je trouvais ça cool. J’ai toujours adoré rimer, mais mixer c’était mon truc. J’ai appris les bases assez vite.
Pour la sortie de « Funky Technician » j’ai pas fait de shows, je faisais des « house party ». Tu vois le truc ? Je n’oublierais jamais ça. Avec A.G., on s’est rencontré comme ça …
Vous vous êtes connu à l’époque du lycée, c’est ça ?
Lord Finesse : Ouais mec, au lycée. On a fait une battle au lycée ! Un bon pote à moi, me disait de venir au lycée car il y avait un gars qui déchirait là-bas. Je faisais des battles avec n’importe qui, n’importe quand. Alors, je devais aller voir ce fameux mec.
Donc, dès les 8h30 du matin, on était en route vers le bahut. Mon pote m’introduit dans le comité, où pas mal de rappeurs venaient balancer leurs rimes. J’ai clashé tous ces gars, les uns après les autres. Et à partir de là, A.G entendait mon nom circuler.
On a fini par se rencontrer et ça a été une pure battle. On a eu du respect l’un vers l’autre, après ça. On est devenu amis.
A.G, était un « hustler », lui il faisait des battles pour l’argent. Alors que moi, je faisais mon argent dans les « house party ». Et quand je lui est dit, combien je gagnais d’argent, il a voulu m’accompagner.
Tu sais, j’ai appris grâce à des gens comme Show, Dj Premier, Dj Muggs.
Dj Muggs ?
Lord Finesse : Ouais, on traînait ensemble bien avant le 1er album de Cypress Hill.
Mais il ne vient pas de New York …
Lord Finesse : Muggs, non mais il vient souvent ici. Il m’a montré 2-3 bricoles aux platines. J’ai vraiment eu la chance d’avoir traîné avec une certaine élite dans le game.
De toute façon, tu vas voir ça pendant mon set, tout à l’heure. Tu as d’autres questions ?
Bien sur, je voulais revenir avec toi sur ton projet de « The Funky Technician remix » avec des prods Primo, Madlib…
Lord Finesse : Oui donc, Primo, Madlib, Large Professor… J’essaie de le finir, mais je ne suis pas souvent chez moi ! Va falloir que je me pose chez moi, une bonne quinzaine de jours et que je finisse cet album. J’ai un autre album à faire et aussi un DVD qui retrace toute ma carrière. Donc c’est vraiment important que je finisse cet album.
Dans le DVD, je voudrais montrer un côté ludique à tous ces rappeurs, pour leur prouver que tout en gérant son business et sans avoir jamais été « platine », on peut vivre de sa musique. Il faut juste savoir gérer. J’ai plein d’images de mes concerts, de mes battles avec Percee P, etc.
Comment as-tu rencontré Percee P, justement ?
Lord Finesse : Mec, lui, il est bel et bien celui qui m’a le plus bluffé. La première fois qu’on s’est vu c’était un peu comme pour A.G, sauf qu’au lieu de s’être croisé dans un lycée, là c’était en bas de son immeuble. Son pote l’appelle pour qu’il descende. Et quand il arrive, je me mets à me marrer, il avait une dégaine de guignol, avec son doo rag et ses vieux habits. Mais dès qu’il a envoyé ses rimes, j’ai pété un câble. Il y avait de la technique à la Kool G Rap, Kane, Rakim mais avec tellement de sens dans ses rimes, je me disais « merde ! ».
A partir de là, on a fait une battle avec 5 rounds. C’était un truc de dingue. Tu sais, j’ai toujours eu cette chance de croiser de vrais lyricistes dans mon parcours, tu vois A.G., Percee, et le regretté Big L. Qu’il repose en paix.
Oui, qu’il repose en paix.
Lord Finesse : Pour moi, Big L me fait penser à Lebron James parce qu’il était incroyable. Une fois, je me baladais dans la rue quand un type vient à ma rencontre, en me parlant de ce gosse qui bla bla bla. Il me dit que le gamin est balèze, patati patata. Je lui réponds « ok, je vais te filer le numéro de mon manager et on en reparlera » et là Big L, débarque en disant « écoutes, je te balance mes rimes et si tu ne m’aimes pas je ne t’aborderai plus jamais ! » je lui réponds (rires) « Ok pas de problèmes, vas-y balances ! » Après son essai, c’est moi qui voulais son numéro ! (Rires)
Tu sais, ça nous a pris un peu de temps pour qu’il puisse s’épanouir, mais il était en avance sur son époque. C’était une légende vivante en devenir. Partout où j’allais, il était derrière moi. Une interview, une scène, n’importe où ! Si tu cherches dans les archives de Yo MTV RAP ! Tu le trouveras, c’était mon ombre ! Personne ne le connaissait, mais il était présent.
C’était vers 1991-1992 et il avait 14-15 ans. Il était comme mon petit frère. Il me poussait à donner le meilleur de moi-même. Un véritable challenge. Tous les jours, il me narguait en me demandant si j’avais de nouvelles rimes. Et quand il me livrait les siennes, je n’avais qu’une envie. C’était de rentrer chez moi pour bosser. Ce gosse était en avance, mec. A l’époque de mes 21 ans, il en avait 17, on était vraiment très proche. Tu sais, il écrivait tout le temps. Mais des fois il prenait trop de temps. Il avait prit 2 ans pour pondre « Ebonics ».
2 ans ???
Lord Finesse : Yeah, 2 ans car il voulait que les 2 autres couplets soient meilleurs que le 1er. Et en plus il a sorti ce morceau en indépendant, ça n’a pas eu les retours qu’on voulait.
On a fait « Day One » aussi. Je pense que Sony n’avait jamais réalisé le potentiel qu’il avait.
Il avait un buzz bien avant qu’on entende parler de Nas ! Il était le 1er représentant d’Harlem. Bien avant les Dipset, Harlem World. Il était le seul rappeur qui avait des rimes de rue. Il n’a jamais eu le statut qu’il méritait.
Pourtant tous les Camron, Mase était dans le morceau « 8 iz Enuff »
Lord Finesse : Ouais, mais pour moi il n’a jamais eu ce respect qu’il méritait avant qu’il meurt. Tous ces mecs là, parlent maintenant, mais il fallait lui dire quand il était encore là !
C’est pour ça quelque part, que je te disais avant que j’aie eu la chance de bosser avec une certaine élite. Tu vois, j’ai eu la chance de découvrir Big L, de travailler avec The Notorious B.I.G.
Comment c’était ?
Lord Finesse : De bosser avec lui ?
J’étais un producteur de Puff, à l’époque. Avant les Hitmen. Quand Bad Boy n’était qu’un logo dans son bureau. Il était le manager de Jesse West, Tony Dofat et je produisais pour eux. Mais tout ce qui m’intéressait, c’était de remixer Mary J Blige ! Car elle était Hot !
Je lui disais de m’incruster dans ses projets, mais il ne voulait pas ! Il me disait « non, j’ai ce gars là et je voudrais que tu bosses avec lui, Notorious B.I.G. », je lui disais ouais car je voulais quand même bosser avant tout. Mais la vérité, c’est que je n’avais jamais entendu un gars rapper de cette manière, avant. Il avait une technique à part, de rapper « off beat » ou non et de faire du « story telling ». On savait tous balancer des « punchlines », des métaphores. Mais il était tout simplement différent.
Le premier morceau qu’on a fait ensemble était « Come On Mother Fucker ». Il avait été fait pour « Ready To Die ». Mais il a préféré le second « Suicidal Thoughts ». C’était un bon son mais je ne voyais pas pourquoi il l’avait choisi car même pour moi, il sonnait « bizarre ». Biggie me disait qu’il avait une idée parfaite pour celui-ci. Je n’étais pas vraiment convaincu. Je n’avais même pas entendu le morceau avant la sortie de l’album. Quand j’ai entendu le titre, je n’ai pu dire que « waw ».
Malgré cela, je suis allé voir Puff, pour qu’il m’explique pourquoi le 1er titre n’avait pas été gardé. De là, il m’expliqua que B.I.G. voulait absolument « Suicidal Toughts » dans son album. « Come On Mother Fucker » est sortit que sur « Born Again », trois albums après. C’était trop tard.
Ce genre d’expérience, m’a fait réaliser que je n’ai pas eu besoin de la gloire pour vivre de ma musique. Et que si le Très Haut voulait que ça se passe comme ça, c’est que ça devait être ainsi. Et rien d’autre.
Par rapport à l’album du D.I.T.C, il me donnait l’impression de ne pas être fini …

Lord Finesse : Il ne l’était pas. Tommy Boy a sorti le projet. Tu sais D.I.T.C, on est un crew hors norme. Il y a Diamond D, Show & AG, Fat Joe, O.C, Big L, moi et Buckwild en tant que producteur. Chacun fait ses affaires.
Ça nous a prit beaucoup de temps pour qu’on puisse tous se focaliser sur un projet commun. Parce que tout le monde gérait ses affaires à sa façon ! « Tu sais je n’aime pas ces rimes, moi j’aime pas cette prod, bla bla bla » On ne donnait pas assez d’importance à ce projet. Je faisais ça, untel faisait autre chose ! C’est pour ça que je disais hors norme, car d’habitude, les groupes se forment, avancent ensemble et après ils avancent en solo. On était 8 lascars solitaires pour former 1 groupe ! Et des fois ça partait dans tous les sens.
« Day One » était une magnifique chanson car on l’a faite comme ça. Je n’aimais pas ce beat, mes rimes n’étaient pas pour ce morceau. Show me faisait écouter le son et je lui disais « I don’t rhyme on dat shit », il me disait que ça allait déchirer, mais je ne voulais pas ! Donc quelques semaines plus tard, il rejoue le son, mais Big L avait déjà tué l’instru. Ca m’a donné envie d’être sur le titre. C’est probablement, l’un des meilleurs couplets que je n’ai jamais posé. Par rapport à tous les autres titres, c’est le seul qu’on a fait au feeling. Sans pression, ni attente. Pour moi, nos meilleurs chansons sont celles qui n’avaient pas de réels concepts comme Day One, Internationally Known, Thick, Da Enemy, All Love.
Il nous fallait un peu plus de temps pour que cet album devienne ce qu’on attendait. Mais Tommy Boy n’avait pas cette patience et ils ont sorti le projet. Pour nous, ça été horrible. Car au fond, on savait qu’on était meilleur que ça. On ne voulait pas sortir certains morceaux qu’on n’aimait pas. Et il n’y a même pas eu de véritable promotion pour l’album. C’était vraiment horrible pour nous. On avait l’impression d’avoir trahi notre public. J’ai haït Tommy Boy, pour ça.
Quelques mois après la sortie officielle chez Tommy Boy, on pouvait trouver une « Real Version » de « Worldwide », est ce que ça venait de vous ou c’était un bootleg ?
Lord Finesse : En fait, on a retouché nos morceaux à notre sauce, avec des remixs, des structures qui sonnaient comme on voulait que ça sonne. Histoire que l’ensemble ressemble à un produit fini.
Mais cette période était dingue. Certains de nos fans trouvaient qu’on sonnait « commercial », d’autres pensaient qu’on devait rester « underground ». Mais on était 8 avec 8 visions. Si on devait le refaire, ça serait différent. On est plus mature. Ce que j’aime, dans le fait de bosser avec les autres. C’est ce coté expérimental. Je ne suis pas ce genre de gars qui suit les tendances. Je ne vais pas du jour au lendemain, me dire « ok faisons du Dirty South ! »…Non mec, je ne peux pas faire ça ! J’ai du respect pour des gars comme Ludacris, Outkast, Lil’ Wayne et les autres. Mais si je devais bosser avec eux, ça serait dans un format dans lequel mes fans ne pourraient pas se sentir trahit. Je ne veux pas qu’ils se disent « mais à quoi il joue, là ?? ».
Si je suis tant respecté dans le game, c’est parce que je n’ai jamais compromis mon style pour de l’argent. J’ai des fans partout dans le monde, je ne peux pas me permettre ça. Là, je suis Paris, tu crois que mes fans viendraient me voir si j’avais fait de la merde ? Je prends ma musique, vraiment au sérieux.
Le dernier titre que j’ai enregistré avec Grand Puba « Real Talk », c’est du Lord Finesse.
C’est un 12inch, c’est quoi ?
Lord Finesse : C’est un import pour le japon.
Car je l’ai entendu, grâce à www.spinemagazine.com
Lord Finesse : Yeah, ce n’est que pour le Japon, mais comme je te le disais, avec Puba, on parle de l’évolution du Hip-hop.
Il sonne vraiment bien, comme au bon vieux temps. C’est pour ça, s’il sonne naze, rien ne sort. Je n’ai pas fait dans la qualité avant pour être médiocre, maintenant.
L’année dernière, un projet avec plein d’inédits et de face b est sorti … Ouais donc, j’ai fait ce projet pour que le gens redécouvrent certaines de mes prods. La plupart sont des maxis underground très rares et hors de prix maintenant. Peu de gens savent que j’ai produit pour Pitch Black, tu vois ! C’était de faire constater aux gens la qualité de mon travail.
Sur l’ensemble de ta discographie, quelle est ta chanson préférée ?
Lord Finesse : Waw…Hip 2 Da Game est probablement celle là. Les gens l’ont aimé. J’ai pu faire un clip, il y avait un bon refrain. Et à cette époque, j’étais sur un label où le président était un de mes fans. Il me voulait dans son équipe.
J’ai énormément de respect pour Neil Levine. Car il écoutait les gens autour de lui. Quand je voulais bosser avec Roy Ayers ou faire un clip avec un concept de live band, il me donnait le feu vert, direct ! C’est pour ça que pour moi « Actual Facts », reste mon clip préféré ! Il y avait ce concept d’un groupe de jazz (que j’avais dans la tête depuis un bail) qu’on pouvait voir dans une pièce sombre pas trop éclairée. Le bonheur. Il y avait Fat Joe à la basse, Diamond D à la batterie, Krs One au piano. J’avais la chance, en plus d’avoir en featuring, des mecs dont j’étais fan ! Sadat X, Large Professor qui est un de ces gars qui m’a beaucoup influencé en matière de production, Grand Puba(…).
Pour cet album « The Awakening », j’avais eu ce privilège de pouvoir décider moi-même de la stratégie pour la promotion. Regardes, à l’époque personne n’avait placé une version instrumentale d’un album. Et de là, je n’avais plus besoin de faire un paquet de singles. Car tu n’avais qu’à acheter l’album (en vinyl) pour avoir ça. (…)
Pour ce qui est de mon futur album , il s’intitulera « The Underboss », je ne peux pas te dire comment il va sonner, mais ça ne sera pas dans le commercial, ça sera dans le registre du dernier AG par exemple, avec des pures beats, des propos matures, tu vois le truc ?








