
Comment as-tu débuté ?
Je viens de Brooklyn, plus exactement des projects de Fort Green. C’est l’un des quartiers chauds de Brooklyn. Je suis de cette génération qui a découvert le Hip-Hop avec des MCs comme Rakim, Big Daddy Kane, Chub Rock, MC Lyte, Mc Shan etc… Je découvre le hip hop dans les années 80. J’ai évolué dans divers groupes. Au début des années 90, je signe avec mon premier groupe Balcrayn chez Profile et puis très vite, je monte un duo du nom de Eand Jay avant d‘évoluer en solo. Je commence ma carrière solo et c’est en 96 que j’abandonne mon ancien nom Jay Live pour Mr Live.
Comment es-tu arrivé à collaborer pour le label Fondel ‘Em ?
En fait, je crois que la première fois que j’ai croisé Bobbito c’était avec Tony Bones. Et puis nous nous sommes recroisés à des concerts et des open-mics. Je lui ai fait écouté Supa Dupa. Il a directement accroché et il l’a préssé dans la foulée. C’était une période où le rap était complètement en train de changer. On commencé à rentrer d’un côté dans l’air Bad Boy où le rap commencé à devenir de la pop music et de l’autre, c’était le début de la Thug music. Je ne croyais pas qu’un MC comme moi puisse s’imposer. Et puis Bobbito a sorti le maxi, il s’est très vite épuisé.
Tu as collaboré avec Mr Len de Company Flow en 2000. Que s’est-t-il passé entre « Supa Dupa » et « What’s the fuck » ?
Avec mon associé Ves qui produit des sons depuis le début et Earl Blaize de Antipop Consortium on a monté un label ; « Get This records » et on a sorti plusieurs maxis. J’ai fait aussi pas mal de concerts et d’open Mics. Avec Mr Len, on était en contact depuis déjà l’époque de Company Flow. Mr Len avait une émission de radio au moment où est sorti Supa Dupa. On lui a fait suivre le disque. Il a été emballé par le maxi et il l’a joué des centaines de fois et même sur scène après les shows de Company Flow. Il voulait que je monte à chaque concert du groupe pour que je rappe « Supa Dupa »…
Tu as collaboré avec Mr Len de Company Flow en 2000. Que s’est-t-il passé entre « Supa Dupa » et « What’s the fuck » ?
Avec mon associé Ves qui produit des sons depuis le début et Earl Blaize de Antipop Consortium on a monté un label ; « Get This records » et on a sorti plusieurs maxis. J’ai fait aussi pas mal de concerts et d’open Mics. Avec Mr Len, on était en contact depuis déjà l’époque de Company Flow. Mr Len avait une émission de radio au moment où est sorti Supa Dupa. On lui a fait suivre le disque. Il a été emballé par le maxi et il l’a joué des centaines de fois et même sur scène après les shows de Company Flow. Il voulait que je monte à chaque concert du groupe pour que je rappe « Supa Dupa »…
Ear Blaize a produit plusieurs sons, enregistré, mixé et réalisé l’album. Quels sont tes liens avec lui ?
On se connaît depuis longtemps. Avec Earl, on a monté un label ensemble pour sortir des maxis. Earl a un studio. Il mixe, mastering, enregistre et produit aussi. Les gens connaissent son travail avec Antipop mais il ne savent peut-être pas qu’il a aussi produit pour Foxy Brown, KRS One, Pharaohe Monch entre autres… On se connaît depuis de dix ans. C’est lui qui m’a présenté Sha Key des Vibes Kameleonz. Et c’est un peu par lui que j’ai intégré le collectif. Lorsque j’ai dit à Earl qu’il était temps de travailler sur un album. Il a tout de suite donné l’impulsion. C’est un véritable homme orchestre qui n’est pas seulement beat maker. Il sait arranger, faire des refrains. Pour moi, c’est un peu le Timbaland underground.
Est-ce que tu te revendiques d’une famille artistique et si oui qu’elle est-t-elle ?
Disons que je trouve que depuis 96-97, le hip-hop a opéré un virage. Tu as d’un côté le rap commercial qui vend avec souvent une démarche artistique faible et de l’autre l’underground qui subsiste dans la difficulté et la précarité. Avant les choses étaient d’une certaine manière plus simple. Par exemple, quand tu prends Biggie Small, il était respecté aussi bien par la rue que sur les pistes de dancefloor. Et bien, on retrouve plus ce truc-là. Après j’exagère un peu, on peut quand même citer Nas, Outkast, Ludacris, Missy Elliot, Kanye West.
Artistiquement et humainement, je me sens proche de beaucoup de monde sans qu’on fasse pour autant la même musique. C’est un petit milieu d’une certaine manière. Je connais par exemple Mike Ladd depuis ces débuts. Même chose pour Sha-Key et les mecs d’antipop. Wordworth, Non Phixion, Big Juss et Len, Mr Complex, Juggaknots et bien d’autres. Ce sont des mecs que je cotoie depuis des années. Nous sommes tous arrivés vers 95-96 .
Qu’est-ce qui t’as poussé à sortir ton album sur le label français Ascetic Music Records ?
Je cherchais un label européen et on est tombé d’accord sur l’idée d’avancer ensemble. J’ai signé sur Ascetic presque naturellement. C’est comme lorsque tu cherches quelque chose et avant même d’y avoir réfléchi et élaboré une stratégie, l’opportunité se présente. J’avais juste cette vague idée de signer en dehors des Etats-Unis et ça s’est fait. Aujourd’hui, les choses prennent plutôt bien puisque l’album est bien accueilli et le disque distribué un peu partout dans le monde aussi bien au Japon, qu’en Australie, en Angleterre ou en Allemagne. J’avais pu voir le travail qui avait été fait sur un album de Insight qu’ils ont sorti.
Est-ce que tu te définis comme un MC politique ?
Pas seulement, ce serait trop réducteur mais oui, définitivement oui. Le hip-hop est impliqué socialement. Je viens de Fort Green et c’est un quartier difficile de Brooklyn. Si le rap a été aussi fort à Brooklyn, c’est avant tout parce qu’il y a des choses à raconter.
Qu’est-ce qui caractérise « The Bang theory » ?
C’est un album versatile qui est pour moi une parfaite jonction entre deux époques et deux mondes qu’on veut toujours opposer et confronter. C’est d’une certaine manière le grand écart entre Brand Nubian et N.E.R.D.. On retrouve à la fois un clin d’oeil au Golden Age du rap, une époque ou MC voulait vraiment dire quelque chose mais sans fausse nostalgie. Et puis de l’autre, il y a une vraie ambition de faire bouger les gens, de rester fidèle au structure rap en y incorporant une touche électro, des intonations un peu dancehall. Au niveau des textes, c’est un kaléidoscope d’ambiances. Ca peut parler de Hip-Hop comme de rue sur « 20 and 1 », de politique comme sur « 4 more years » sans chercher à ratisser large et avec l’exigence du fond et du flow… C’est un album fidèle à la notion d’ « edutainment ». Pour moi, underground ne veut pas dire faire des rimes sur les soucoupes volantes avec des beats tordus.
Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
Je trouve que The Clipse on fait un très bon album. J’attends Kanye West. Je trouve que c’est quelqu’un qui a su être charnière justement en ramenant du fond, de la forme, de l’image, du texte et qui aujourd’hui est un bon contre-poids commercial au sud. Je n’ai rien contre le sud. Pour moi Ludacris est dope mais il permet de montrer qu’il peut exister autre chose. Outkast sont un autre exemple d’artistes qui dépassent le clivage underground et mainstream et qui font juste une musique inventive. Et, puis j’ai écouté l’album de mon pote Pharoahe Monch et c’est un très bon album.
Est-ce que pour toi New-York peut encore rivaliser avec le sud ?
Tout dépend de quoi tu parles. C’est vrai que les ventes se sont écroulées et je ne parle pas seulement pour New-York ou pour le East Coast rap. Mais d’un point de vue technique, les rappeurs new-yorkais ont crée les fondamentaux du rap. Beaucoup de rappeurs du sud sont plus des entertainers que des Mc. Et mêmes ceux qui sont bons comme Ludacris ou TI ont des influences très marquées par des rappeurs east coast. Ludacris a parfaitement synthétisé le style de Redman mais version dirty south.
Quels sont tes projets ?
Je travaille sur un nouvel album qui devrait arriver en septembre.
Toujours chez Ascetic Music ?
Oui toujours. L’album est plus direct. Plus incisif. Le public se fera juge. C’est toujours difficile d’analyser sa propre musique.







