Chuck D. est souvent volubile quand il s’agit de rendre hommage, comme il le dit, à "la créativité noire américaine". Car si Public Enemy a duré, au travers de toutes les modes qu’a traversées le Hip Hop, depuis Yo ! Bum rush the show (1987) jusqu’à la sortie récente de Beats and Places, une collection de face B et autre unreleased accompagnés d’un DVD, c’est que le groupe a toujours cherché à s’inscrire au sein d’une lignée musicale qui remonte aux racines du Blues.
"La musique s’inscrit dans un espace temps et géographique. Elle est un moment d’existence, comme nous elle comporte la richesse de toute son histoire" confie Chuck D. L’hommage est ainsi directement rendu à l’héritage des musiciens noirs, mais aussi à l’histoire d’une population américaine que la nouvelle génération de rappeurs ne maîtrise pas forcément autant que leurs aînés.
Pour le Professor Griff, membre légendaire et fondateur de Public Enemy, "la nouvelle génération ne connaît pas les musiciens qu’elle a samplé. Au contraire, nous avons joué avec George Clinton, Bootsy Colins... Et aujourd’hui Archie Shepp". Evoquant les premières blocs parties organisées spontanément dans les parcs du South Bronx, le professeur rappel la symbolique des disques qu’utilisaient alors les Kool Herc et autres Jam Master Jay : "ces disques portaient une histoire, celle de nos parents. On les jouait dans la ligne de ce qu’ils représentaient pour eux", une libération, bien au-delà des boucles de breaks hypnotiques qu’ils comportaient.

C’est cette admiration pour une créativité libre et spontanée qui a inspiré le groupe pour son nouveau show, dans lequel les heureux détenteurs de billets pour le Zénith de Paris auront pu admirer les performances lives d’Archie Shepp. Ce saxophoniste de génie qui a enregistré avec John Coltrane, Max Roach ou encore Franck Zappa pour ne citer qu’eux, renvoie à Public Enemy son propre hommage : "Ils portent avec eux l’esprit d’Ellington, de Coltrane, l’histoire de cette musique noire parlant contre le racisme, contre l’isolement, contre l’exclusion". Et à cette légende d’ajouter "je ne parle pas de
jazz, je parle de musique afro-américaine. Le jazz est devenue une musique de classe, où seuls les plus riches peuvent s’offrir ces instruments. Le Hip Hop au contraire ne nécessite que les mots et la créativité. Il est aujourd’hui ce qu’a été le jazz à l’origine. Une musique offerte au peuple, par la rue".
Au moment où sortent des opus aux titres évocateurs, tels qu’Hip Hop is dead du rappeur new-yorkais Nas, Public Enemy pose les questions à cette vraie-fausse affirmation. Pourquoi, pour qui, et par qui le Hip Hop serait-il mort ? Toujours aussi conscient et engagé, Chuck D. nous interroge et nous éclaire de ses réponses : "si le Hip Hop devait prétendre à renaître ? Je pense qu’il le ferait par la connaissance et le dépassement de sa propre histoire". Et à nous de comprendre que, malheureusement et bien trop souvent sur nos télés, le rap est orphelin d’une créativité artistique qui dépasserait les seuls intérêts et formules guidées par l’industrie du disque.







