Bonjour Seth, peux-tu te présenter ?
J’ai pris le preudo de Seth en 1996, année où j’ai commencé à peindre à la bombe. Je suis illustrateur, auteur, éditeur et à l’occasion peintre aérosol.
Comment es-tu arrivé au graf ?
En découvrant le graffiti dès la fin des années 80 par des bouquins tels que Spraycan Art et Subway art , en allant voyant des graffitis des PCP, TSA, LST et autres qui peignaient autour de chez moi. Ensuite, bien plus tard, c’est par le biais de potes au milieu des années 90 que j’ai commencé à peindre.
Avant de faire ce livre, quel a été ton parcours en tant que graffeur ?
J’ai réalisé beaucoup de fresques, et peint avec pas mal de monde sur Paris ( CMP, THS, VMD, 90 DBC, LBD …) , Ce qui m’a permis de faire mon apprentissage et de maîtriser l’outil aérosol. Ayant déjà une formation artistique (en suivant des études à l’Ecole nationale des Arts décoratifs), mais n’ayant aucune aptitude au tag ou à peindre des lettres je me suis vite spécialisé dans la réalisation de personnages. J’ai également réalisé plusieurs ouvrages sur le graffiti. En 2000, Kapital avec Gautier Bischoff , avec lequel j’ai également monté une maison d’édition en 2004 Wasted talent . Nous avons déjà sorti 5 monographies d’artistes graffiti, trois catalogues d’exposition et une bande dessinée.
Puisque tu as voyagé seul, j’imagine que tu as pris toutes les photos présentes dans ton livre. Comment es-tu venu à la photo parallèlement du graf ?
J’avais déjà fais de la photographie au sein d’un club photo dans ma jeunesse et j’avais également continué au sein de ma formation artistique aux Arts-décos.
C’est la première fois qu’un graffeur sort un livre sous la forme d’un carnet de voyage. Comment est né le concept de Globe Painter ?
Le concept est né par hasard ; j’avais toujours voulu séparer le coté « beaux-arts » de mes dessins sur papiers et mon travail sur mur. C’est ce que j’ai fait d’ailleurs avec mes carnets de voyages et mes peintures pendant mon voyage. Mais en rentrant j’ai trouvé que la confrontation des photos, des graffitis et de mes dessins créait quelque-chose d’intéressant, un hybride entre le carnet de voyage, le reportage et le bouquin de graffs. Une autre manière de découvrir le monde que dans un carnet de voyage classique. La découverte des cultures urbaines vivantes, et pas des clichés de guides touristiques.
Comment as-tu pu mettre en place un projet qui demande des moyens, du temps (7 mois) et un investissement personnel aussi important ?
Mettre le projet en place à été plutôt facile, je venais de perdre mon emploi… Pas de responsabilités, pas d’obligations, on n’a qu’une vie.
Avant de partir tu t’étais fixé quelques règles pour respecter les différentes cultures que tu allais découvrir. Peux-tu nous en dire plus ?
Au départ je n’avais pas vraiment de règles puisque je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait. Mais c’est à Rio, dans la favela Mangueira que j’ai pris conscience que peindre ici n’était pas anodin. J’étais parti pour peindre des filles sexy et des B.boys vénères sur le mur mais là, en haut de cette favela entouré par tous ces gosses qui venaient nous voir j’ai finalement peint des gamins souriants. Rajouté de la violence, même en peinture aurait été complètement inconscient. J’ai gardé cette ligne de conduite par la suite en pensant d’abord aux habitants qui vivraient avec ma peinture toute l’année plutôt qu’à ma photo.
Comment as-tu choisi tes différentes destinations ? Par exemple je crois que tu n’as pas été en Afrique…
Ahaha j’ai choisi les différentes destinations avec un billet tour du monde « One World » dont les compagnies aériennes ne sont pas très au point sur l’Afrique. À part l’Afrique du Sud qui ne m’attirait pas. J’avais quelques contacts en Australie, au Chili, pour le reste ça à un peu été la pub Loto ou le type fait tourné sa map-monde et pointe son doigt au hasard.
Donc tu ne connaissais pas les artistes avec qui tu as peint ? Peux-tu citer quelque uns de ces artistes ?
Non je ne connaissais personne, quelques types qui m’avaient précédé m’avaient filé des contacts au Chili et en Australie mais c’était tout. J’ai été vraiment surpris de tout ce que j’ai pu découvrir. On a beau être à l’ère d’Internet tout n’est pas encore médiatisé et à porté de clic… J’ai rencontré Beam et les Naçao Crew à Rio, Zezao, Nois, Cirroze et Bihno à Sao Paulo, les DVE, FRS, Horate et les Aislap au Chili, les TBA à Buenos Aires, Brick, Atome, Festee et Smoe à Sydney, Obe à Adélaïde, Syan et les FDC à Hong Kong et Want à Tokyo, entre autres.
Tu as toujours été bien accueilli par les graffeurs ? As-tu eu une rencontre coup de cœur en particulier ?
Oui j’ai toujours été bien acceuilli et les rencontres ont toutes été enrichissantes donc difficile de parler d’un coup de cœur en particulier.
As-tu gardé des liens avec les artistes que tu as rencontré ?
J’ai gardé des liens avec quasiment tout le monde. Je leur ai bien entendu envoyé le livre à tous. Pour l’instant je n’ai que de bons retours. Heureusement qu’ils ne comprennent pas tous le français…
Tu racontes de nombreuses anecdotes dans ton livre, laquelle (lesquelles) t’a le plus marqué ?
Ce qui m’a le plus marqué c’est de tomber par hasard dans une rue de Sao Paulo sur un type qui avait un tatouage d’un perso que j’avais peint sur un mur 5 ans auparavant dans une usine de Palaiseau dans le 91. Un concours de circonstances fou pour qu’on tombe l’un sur l’autre comme ça. Un hasard ? Peut-être…
Waw ! Tu racontes aussi tes galères, laquelle a été la plus dure à surmonter ?
Pas vraiment de galères. Un braquage à Rio, un dépouillage en règle par des flics ripoux en Argentine et une nuit au poste au Chili pour graffiti… Plus de peur que de mal.
J’imagine que ce voyage incroyable a changé ta vision des choses…
J’ai pris beaucoup plus de recul par rapport à notre façon française de voir les choses. J’ai pris conscience des difficultés extrêmes de vie dans certaines grandes villes pour certaines personnes. Donc oui, ça change. Ça a renforcé mes convictions « politiques », changé ma façon de peindre, changé ma façon d’appréhender la notion d’art, bref définitivement ouvert mon champ de vision.
Comment expliques-tu que le graffiti soit aujourd’hui présent dans la moindre parcelle du globe ?
Le graffiti n’est pas présent partout, notamment en Asie et en Afrique, où il est très peu pratiqué. Le graffiti est lié à la culture occidentale et à la ville. Son succès est dû au fait qu’il s’agisse d’un moyen d’expression plastique extraordinaire, qui ne demande pas de moyens financiers énormes et qui permet d’être vu par le plus grand nombre, sans forcément passer par une école de dessin ou connaître des réseaux pour être exposé. C’est aussi une pratique transgressive, parfois dangereuse qui séduit aussi les adolescents par son côté secret, interdit et compétitif.
Tu n’as jamais eu de mal à trouver de la peinture ?
Dans certains pays, c’est plus difficile que dans d’autres, comme à Cuba où il n’y a pratiquement pas de bombes (j’ai mis deux semaines avant d’en trouver), mais tu trouves toujours. Le manque de moyen, l’obligation de devoir se débrouiller avec les moyens du bord te pousse à te surpasser et à découvrir les techniques locales. Ça t’enrichie finalement aussi bien artistiquement que techniquement.
Quelles sont les particularités des grafs selon les pays, les continents ?
Je dirais qu’au Brésil et au Chili, le graffiti s’est développé en intégrant la culture locale, ce qui donne un graffiti riche et d’une variété incroyable. Pour moi la capitale du graffiti au niveau mondial, ce n’est plus New York, c’est Sao Paulo. En Argentine, la pratique n’était pas encore très développée quand j’y étais, mais Buenos Aires était renommée pour les peintures sur train. En Australie, c’est un graffiti beaucoup plus anglo-saxon, basé sur le travail de typo et du wild-style, proche de ce qu’on peut faire en Europe et aux Etats-Unis. À Hong Kong peu de productions, quant au Japon pas mal de choses mais très influencées par les Etats-Unis.
Qu’est-ce qui a été le plus dur à ton retour ?
Surmonter la dépression post-retour et trouver un boulot !!!
Quels sont tes projets ? Tu as envie de repartir ?
Je voudrais repartir, découvrir de nouvelles villes et surtout filmer tout ça. Donc un « Globe-Painter 2 » en vidéo. Pour l’instant je fais de la bd et je finis l’adaptation de la série « lascars » en bd. J’aimerais également relancer des ouvrages chez « Wasted-Talent ».









