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Beats, Rhymes & Life : interview XXL avec 20Syl

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mardi 20 novembre 2007, par Punisher
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Une intro courte pour une interview longue : j’ai eu la chance de rencontrer 20Syl 2 jours après le passage mythique d’Hocus Pocus à La Cigale. Dans les coulisses de la Maroquinerie, les heures d’attentes du concert ont été propice à un voyage immobile. Enjoy... & Smile :-) !

Peux-tu me faire un résumé de l’histoire de ton groupe ?

Hocus Pocus, groupe nantais composé de 6 musiciens : David à la guitare, Mathieu au piano, Hervé à la basse, Greem aux platines, Antoine à la batterie et moi 20syl au chant. On existe depuis un peu plus de 10 ans, maintenant. Au début, on était juste 2 mc’s et ensuite, il y a eu un dj. Avant de rapper, je faisais de la batterie et mon pote, de la guitare. Tout en tripotant les machines, les platines de salon pour essayer de faire quelques scratches sur nos premières maquettes. De fil en aiguille, on a fait un cd qu’on distribuait nous même dans les FNAC. Il s’appelait « 2nde formule » c’était en 98. Ensuite, on a fait quelques dates qui n’étaient pas très concluantes. On a rencontré des zicos et on a commencé à bosser plus sérieusement avec eux. On a fait quelques dates et on a vu qu’il y avait quelque chose qui se créait en live, au niveau de la spontanéité et tout ça... Du coup, on a continué et en parallèle, on a créé le label On and On Records avec lequel on a sorti le 1er maxi « On and On / Malade ». Ensuite le maxi « Conscient/Dig’ This » et puis le premier EP (un cd 8 titres) « Acoustic Hip hop Quintet ». Est alors venue la première vraie étape du groupe, l’album « 73 Touches » sorti d’abord en indé, en 2005, et réédité en licence chez ULM en 2006. Enfin, aujourd’hui, « Place 54 », le nouvel album qui est sorti il y a 2 semaines.

Quand et comment es-tu venu au rap ?

J’écoutais très peu de musique quand j’étais plus jeune. Je faisais de la musique, par contre. J’ai commencé par faire de la trompette ensuite du vibraphone, de la batterie. Je suis resté un bout de temps à faire de la batterie.

En fait, t’as toujours été un musicien, à la base

Voila, je jouais de la musique mais je n’en écoutais pas beaucoup à coté. J’en écoutais par le biais de mon frère, pas mal de trucs dont les Beastie Boys, les premiers IAM, pas mal de métal... enfin un peu de tout. Des vieux Zappa et puis j’en suis venu plus précisément au Hip-hop par le biais de mes potes de skate. Dans le skate, il y a beaucoup de dj aussi. Des mecs qui touchent un peu au son. Et de là, mes potes dj m’ont fait écouter le 1er album des Sages Poètes et puis beaucoup de rap américain aussi. Il y avait Gravediggaz, Mobb Deep, les Wu Tang et tout. Quand je suis rentré là dedans, moi qui jouait de la batterie et aimait toucher à plein d’instruments, ça m’a tout de suite donner envie. Je voyais ces mecs avec un sampler qui avaient une espèce d’infinité d’instruments à disposition. Et j’ai tout fait pour pouvoir m’acheter mon 1er sampler. Au début, je bossais sur un expander qui avait des sons de synthé. Et vu que j’avais de sampler, j’écoutais les disques de classique de mes parents et j’essayais de reproduire les boucles qui me plaisaient instruments par instruments avec le synthé. Après quand j’ai eu mon sampler, c’était le bonheur et je n’ai pas arrêté de faire des sons. Donc voila, c’est par ce biais là, que j’ai commencé à faire du son. En parallèle, j’écrivais un peu pour faire mes propres morceaux de a à z. De la musique et des paroles.

Pour ce qui est du mix ?

C’était en parallèle, aussi. C’était la volonté, vraiment, de faire nos morceaux, quoi. Plutôt de chercher des dj et tout. On essayer de faire avec ce qu’on avait sous la main. Car ça nous intéressait vraiment de scratcher, de faire des sons et rapper. Tous ces trucs nous plaisaient, donc on avait envie de toucher à tout.

Quelles sont tes influences ?

J’en parlais tout à l’heure, ça va des premiers IAM, Beastie Boys, Sages Po.

Ouais mais dans la musique en générale…qu’est-ce qui te met une bonne gifle ?

Beaucoup la black music des années 70. L’artiste idéal, pour moi, c’est Stevie Wonder. Au niveau de tout, de la création, de la voix, des idées. C’est vraiment le truc qui me file des frissons à chaque fois. Et ça représente bien, toutes les influences car dans Stevie Wonder, tu retrouves du latin, de l’africain, du blues, du jazz, de la soul. Et c’est un peu, ce qu’on retrouve dans Hocus, c’est d’aller chercher dans la musique un peu « chaude » quoi.

Que représentait Jay Dee dans ta musique ?

Je n’ai jamais été un de ses fans absolu, j’ai beaucoup écouté « Welcome 2 Detroit », « Like Water For Chocolate », je trouvais ça mortel. Ça m’a inspiré dans les grooves, les rythmiques, tout comme Madlib. C’est un tout, un mélange de Premier, Pete Rock, Madlib et de Jay Dee pour ce qui est de mes influences.

La 1ère fois que j’ai entendu parler de toi, c’était sur le projet « Original Bombattak », et par la suite j’ai pas tout de suite fait le rapprochement quand tu avais fait les sons pour Fabe, Diam’s, Prince D’Arabee …Qu’est ce que ces collaborations t’ont apporté ?

L’époque « Original Bombattak » est vraiment le truc qui m’a mis le pied à l’étrier, en terme de rencontres hip-hop. Quand Mark a fait appel à moi, pour faire la quasi-totalité des sons pour cette compile, j’étais comme un gamin. Je me retrouvais dans des studios de ouf à bosser avec les X-men, Diam’s, la Mafia Trece, Ol Kainry. Des gens que je kiffais, quoi. Diam’s, je l’avais vu en live dans la cave de Joey Starr pour l’émission B.O.S.S et elle avait mit une gifle à tout le monde en freestyle. Un truc de malade. Ça m’a permis de rencontrer la Scred, Fabe, Disiz. Il y a eu plein de rencontres qui ont suivi et qui se sont plutôt bien passées. Ça m’a donné de l’expérience. A cette période, je faisais des sons avec l’esprit « Premier », c’était le producteur absolu. Donc forcément, j’étais dans le délire "sample découpé, bien jazzy avec des beat fats et tout". C’était un peu la tendance à ce moment là. Tout le monde kiffait Premier, donc on a beaucoup fait appel à moi, à ce moment là. Je suis resté un peu dans cette vibe là, tout en allant chercher vers d’autres influences comme Tribe, Madlib, Jay Dee. Du coup, cette mode « Primo » est passée pour un truc un peu plus électronique, pour en arriver aujourd’hui au son du sud, etc. C’est moins mon délire, donc forcément, on fait moins appel à moi mais ça été une superbe expérience.

Qu’est ce que ça fait d’être présent sur le dernier album de Fabe ?

C’est un pur souvenir, en plus c’était mon instru préféré du moment. Donc ça m’avait vraiment fait plaisir qu’un mec comme lui la choisisse.

Comment t’as fait pour rencontrer Mark ?

C’est Yann (du label On and On Records), qui bossait dans des radios et en rencontrant pas mal de monde il est tombé sur Mark. Il avait un cd de mes instrus. Il lui a fait écouter et comme Mark recherchait ce genre de sons pour son projet...

Le seul truc regrettable, c’est le fait d’avoir loupé Lunatic…

C’est clair, tu sais, ils devaient être présent sur le projet et je ne sais pas pourquoi ça ne s’est pas fait.

Ils avaient fait « Sang d’Encre » à ce moment là, en featuring avec Arsenik.

Oui, je crois que c’était à cause de ça. Ils étaient sur le projet de Jean Pierre Seck, et comme Bombattak était un projet en parallèle, ils avaient fait « Sang d’Encre » mais pas « Bombattak ». Dommage car c’était le Lunatic de l’époque.

Et ce n’était pas pour rien, non plus. Ça avait tout l’air d’être les prémisses de 45 Scientific

Oui c’était ça.

Donc on va revenir sur l’album « 73 touches ». Comment s’est passé la réalisation de cet album.

Dans un premier temps, on a bossé à 2 avec Greem. C’est-à-dire, recherche de samples, programmation des beats etc. Ecriture de mon coté. Sur des faces b de rap américain ou sur des boucles de funk, de soul. J’écris là-dessus et après la phase d’écriture, j’essaye de trouver des sons à nous qui correspondent au délire. Ensuite, on fait venir les zicos. Il y a eu des rencontres comme TY, Procussions. Et ça à laissé des traces car encore aujourd’hui on bosse avec Procussions. Pour « Place 54 » ça a été un peu la même chose, mais Greem est tombé dans une période où il avait des problèmes d’oreilles. Donc je me suis chargé de la production de la base. Toute l’ossature rythmique, mélodique et harmonique de l’album. J’ai bossé l’écriture ensuite de la même manière que 73 touches. D’ailleurs je crois que j’ai utilisé les mêmes faces b. Tu vois, j’ai mes instrus qui m’inspirent : Slum Village « Tainted » par exemple.

Ton débit sur « Smile », c’est sur quel instru ?

Ça je l’ai écris sur « Smile »

Ok car la première fois que j’ai entendu ton débit sur "Smile" ou "Vocab", je me disais que tu voulais vraiment marquer le coup en prenant le temps de prononcer les mots.

Quand le flow est vraiment présent, ça veut dire que je m’inspire du son. Après quand je veux développer des histoires, des messages en général je les écris sur des instrus qui me provoquent une certaine émotion. J’essaye de retrouver après dans mes sons, l’instru qui colle parfaitement. Des fois, j’ai des instrus à moi sur lesquelles je veux à tout prix gratter, mais ce n’est pas forcément là où je sors mes meilleurs rimes. J’ai toujours mes instrus fétiches.

Donc c’est "Tainted"…

Ouais, il y à aussi la boucle de Feeling like making love de Bob James, des boucles de D’Angelo accélérées car sur son album c’est trop lent.

Qu’as-tu pensé de l’accueil du public et des médias pour l’album 73 touches ?

Ça a été assez mortel, parce qu’on était en « indé » et quelques jours après avoir sorti l’album, quand on a fait la Maroquinerie, les gens connaissaient déjà les paroles par cœur. C’était un truc de malade. Dans les médias « spé », tout le monde a apprécié notre projet et notre méthode de travail. On a fait pas mal de rencontres. Aujourd’hui avec « Place 54 » on a le support de notre maison de disque donc du coup, on va pouvoir toucher encore d’autres médias et ça se passe encore super bien.

Avec du recul, sur 73 Touches, est-ce que tu penses que vous avez atteint votre objectif artistiquement parlant ?

C’est un album dont je suis vraiment satisfait, car au niveau des samples, des scratches et tout, on l’a vraiment poussé là où on voulait le pousser, dans le moindre détail. Après au niveau du mix, il y aurait des choses à revoir car depuis j’ai évolué. Dans le flow, maintenant il y a des trucs que je trouve bizarre. Et ça se trouve dans 2 ans, je trouverais ça encore plus bizarre. Comme quand je réécoute, les premiers morceaux sur 2nde Formule, j’hallucine.

Pour la réédition de 73 touches, que s’est il réellement passé ?

Il y a eu différentes étapes, on a fait l’Elysée Montmartre et on l’a rempli. Là, les maisons de disques ont commencé à se poser de questions. Mais on était déjà aller les voir, avant de le sortir en indé. Elles nous disaient toutes : «  C’est bien ce que vous faites, mais à qui on vend le truc ? Qui écoute ça en France ? ». On voyait qu’ils ne nous faisaient pas confiance sur le projet. Donc on a fait nos preuves par la scène, en vendant des disques aussi par nous-même et avec Musicast, une distrib’ indépendante qui a super bien fait son taf. Du coup, quand on a commencé à faire des choses un peu plus « fat », Warner a commencé à s’intéresser au projet. Et puis finalement ça c’est fini chez ULM. La réédition, c’était un peu pour marquer le coup de cette signature en licence, parce qu’on avait envie de mettre sur cd, tous les titres sortis en maxi. Le morceau qu’on avait fait avec Kohndo pour la compilation des 10 ans de Tracklist. On kiffait ce titre et on a voulu le mettre sur l’album.

Vous l’avez sorti en maxi aussi ?

Ouais, on a voulu se faire plaisir en le sortant en maxi avec un design particulier en Picture disc. On essaye de faire autre chose à chaque fois. Mais c’est vrai que cette réédition était frustrante pour ceux qui avaient acheté la première version de « 73 Touches ».

Y’a t’il eu des retours importants après la diffusion du clip de « Hip Hop » ?

Oui, surtout au niveau du net. C’était un truc de dingue. Le travail d’Arthur été assez original pour cette période. La preuve aujourd’hui, c’est que le clip a été sur pompé par des trucs. On en a vu 2-3 assez hallucinants.

Comme Kanye West, non ?

Non, là c’est encore un autre délire, je pense que Somi a un vrai univers. Il a fait le clip de Justice, aussi.

Mais de qui parlais-tu ?

Armand Van Helden qui a fait un clip. Mais c’est un truc de malade. On a fait un comparatif, il a utilisé tous les fonds de couleurs dégradés, exactement les mêmes couleurs. Les éléments comme le ghetto blaster, le zipper, le mec qui sort de terre, le pull. Enfin tout.

Il y a même la phase avec Village People ?

(Rires) Non il n’ y a pas ça. Mais franchement, c’est un truc de malade. Et là dernièrement, j’ai vu un clip pour une présentation de label où ils ont reprit encore les mêmes couleurs, même aussi mes graphismes à moi pour Hocus Pocus. Celui du câble. Ça serait bien qu’ils utilisent un peu leur imagination ces mecs là, enfin voila quoi.

C’est flatteur quand même, non

Ouais, parce que tu te dis qu’on a emmené un truc, en tout cas Arthur a emmené un vrai concept. Et ça nous a boosté. Le fait d’avoir des clips, c’est super pour la visibilité. Comme tout passe par l’image. Quelque soit le clip, celui de « Smile », de « J’attends » et de « Hip-hop ». Des outils indispensables.

Pour « Place 54 », pourquoi ce titre, quel est le concept et la signification ? Dans un premier temps, Place 54 c’est tout simple. C’est un morceau que j’ai écrit dans un train Paris- Nantes, à la place 54. Le coté conceptuel est dans ce trajet Paris-Nantes. De commencer l’album en quittant Paris pour retourner aux sources, chez nous à Nantes. Là où tout le coté artistique et créatif se passe. Ça pose comme ça le concept du voyage, au fil de l’album. Voyage par la musique, voyage par les mots. C’est un peu, le concept de ce disque en essayant d’aller chercher un peu plus loin, les influences qu’on avait dans 73 Touches.

Quelle était ta motivation première pour faire un album après « 73 Touches » ?

Le fait d’avoir des sons de coté…

Il est quand même assez lourd cet album

J’avais une pression énorme, quand j’ai commencé « Place 54 », à écrire les textes et à faire des beats. Vu le taf que j’avais fourni sur « 73 Touches », je suis revenu en arrière et je me suis dis « Putain, faut que je me refasse la même ! Et encore pire vu que c’est un nouvel album. Va falloir que ce soit encore plus haut, parce que les gens vont nous attendre au tournant. » Déjà quand je me suis devant ma feuille pour écrire, en sachant que je n’écris pas souvent, je me suis mis la pression pour essayer d’aller chercher des thèmes et des trucs forts. Et puis ne rien laisser au hasard, parce que dans « 73 Touches » il y avait peut être parfois un manque de précision dans les textes. Je me laissais aller au flow en dépit du sens. Et là, je ne voulais pas me laisser aller dans la facilité, en me prenant la tête jusqu’au bout sur les textes. Dans la production, je voulais essayer de changer rythmiquement car dans le premier album, à part « Brouillon », c’était à peu près toujours le même schéma. Là, on a voulu avoir une variété de rythmes qui était plus importante. Mais la question que je me pose aujourd’hui c’est « Comment on va faire pour les disques d’après ? » (Rires). Ce n’est pas qu’on soit allé à la perfection, mais pour nous, par rapport à nos capacités, qu’est ce qu’on pourra faire pour se faire plaisir, d’une part et pour aller plus loin dans le délire. Pour ça, on a encore du temps, mais ça va peut être passer par quelque chose de beaucoup plus « live », de moins « studio ».

As-tu une méthode particulière pour ton écriture, mis à part tes instrus fétiches ?

Quand je me donne un sujet, en général, j’ai plein d’idées de thèmes. Je liste quelles images et quelles idées je vais pouvoir développer pour chaque thème . Si je n’ai pas assez de pistes, d’idées différentes, j’abandonne le thème. Car je n’ai pas envie de tourner en rond avec une seule idée. Quand j’ai fait « Quittes à t’aimer » par exemple, je voulais traiter le coté amnésique de La France. Les problèmes de communication entre le pouvoir et le peuple. Je liste tout ça pour en faire de belles images, à chaque idée, un petit tableau, une petite création à faire autour de ça, par les mots. Ça marche pour tous mes morceaux. « Je la soul » c’est pareil. C’est là où je parle de ce que tous les mecs font qui saoulent leur meuf. J’ai commencé à tout lister, en observant tout ce qui se passait avec ma meuf. Tous les petits trucs qui la saoulaient. J’ai gardé tout ce qui me faisait le plus marrer, mais à la base, le texte était long.

C’était « Demain c’est Loin » !

(Rires) Mais j’ai gardé les trucs, les plus pertinents. (…)

As-tu l’impression d’avoir progressé dans ta manière d’écrire, de produire ?

Je pense que oui. Maintenant, je n’écris pas tout le temps, je n’écris que pour les albums. A chaque fois je m’y mets pendant 2 mois et l’album est bouclé. Je ne suis pas quelqu’un qui écrit tout le temps. Alors que la prod, je produis tout le temps. J’ai plein d’instrus qui ne servent à rien, mais bon.

J’ai lu dans un interview, il y a 2 ans, que tu rêvais déjà d’avoir Magic Malik et Fred Wesley sur ton album. Comment as-tu fait pour avoir de tels featuring ? Est-ce grâce à Motown France ?

Le cas de Magic Malik était l’aboutissement du truc. Mais pour la petite histoire, on était chez ULM en licence. Eux, nous poussaient pour avoir des featurings. Mais pas des noms comme Omar, etc. Et pour Motown France, on n’était pas chez eux quand on a commencé le disque. Donc, ils n’ont pas eu leur mot à dire. On a amené le disque fini à ULM et du coup, Diams et Sébastien Catillon ont voulu pousser notre projet chez Motown France. Au niveau de l’album, ils nous ont juste aiguillé sur la sélection des titres. Par exemple, c’est avec eux qu’on a décidé que le morceau « Connecté » apparaîtrait uniquement sur la face b du maxi de «  Vocab »

Pour le déroulement de « Place 54 », comment c’était en studio avec tous ces grands musiciens et artistes tel que Omar, Magic Malik et Fred Wesley ?

C’est particulier tout ça... Tu sais comme moi qu’aujourd’hui, Internet est un outil de dingue pour les enregistrements. Par rapport à Omar, il a fait ça dans son studio à Londres. On devait y aller mais sa femme attendait des jumeaux. Et nous on était à fond dans le mix de l’album, on avait du retard. Alors on n’a pas pu y aller et il a enregistré de son coté. Il m’a envoyé les voix. Il y a eu tout un échange virtuel par mail. Pour Fred Wesley, ça s’est fait par le web parce que ça a été un gros coup de culot de notre part. C’est-à-dire, que 2 jours avant le mastering, on avait ce morceau « Recyclé ». On avait déjà un tromboniste qui avait posé mais, à la base c’est un super musicien parisien qui joue avec les meilleurs et tout. Mais tu vois, sur ce morceau, il y avait une grosse référence Afro Funk. Et je me disais « Putain, vas-y, on tente le coup. » De là, on lui a fait le mail, il a répondu 15 jours après. On lui a envoyé le son, il a posé les voix et le trombone, chez lui dans son studio. Il nous a renvoyé ça et nous on été comme des gamins avec les pistes de Fred Wesley qui arrivent sur notre boite mail. (Rires) Pour Magic Malik, on est parti le chercher. Il faisait un concert à Nantes, on la emmené en studio. Il a fait ses prises de flûtes. The Procussions, pareil. Ils étaient à Nantes…

Mais il avait déjà entendu parler de vous ou pas ?

On avait déjà fait des scènes avec lui. Après c’est un personnage. Il est vraiment dans son monde. Dans son univers musical. Je ne suis pas sur qu’il voit ce que l’on voit. Enfin c’est un artiste qui est loin dans son délire musical, on va dire. Ça s’est bien passé.

Je me souviens avoir entendu un remix de Césaria Evora sur ton myspace il y a deux ans. Etait-il destiné à être la base du morceau « Quitte à t’aimer » ?

Non, on m’avait proposé de faire un remix de Césaria Evora pour une compilation. Mais mon remix n’avait pas été intégré dans le projet, parce que la compil’ avait pris une direction plus « électronique ». À partir de là, je le faisais tourner sur myspace. J’avais beaucoup de retours, plein de gens voulaient que j’envoie le son. Mais je n’osais pas, car je n’avais pas le droit. Et je n’étais pas supposé avoir son acapella. Et puis, il y a eu ce concept. Cette idée, en pleine période électorale. Où on entendait des slogans comme « Aime la France ou Quitte la » et je trouvais ça intéressant de faire un refrain avec le « Petit pays je t’aime beaucoup ». Pour parler de l’incompréhension. S’adresser à la France en la personnifiant comme si je m’adressais à un ami. Entre chaque "petit pays je t’aime beaucoup", les couplets c’est juste un « mais » pour dire qu’il y a ça et ça aussi. Je pense que c’est un bon aboutissement du projet et là du coup, on a eu toutes les autorisations pour ce morceau. J’espère qu’elle a écouté le titre.

Grâce à l’interlude « Move On » on ne peut s’empêcher de penser à cette « touche » nantaise…

Je pense qu’il y a de l’air. Un coté, où on a du recul. On ne se laisse pas embarquer par la machine. Si j’habitais sur Paris, je ferais sûrement du Lil Jon, je ne sais pas. (Rires) Le truc, c’est qu’on a le temps de se poser et d’apprécier de la musique. De faire des rencontres comme Dajla, Benji (Benjamin Bouton). Tu vois lui, il est talentueux car en tant que producteur il donne sa touche à Dajla et à S.A.T. Enfin à mon avis, c’est une bête. Il peut te donner des leçons derrière les instruments (batterie, piano, guitare) et derrière une machine. Pour moi, en France je le mettrais en haut. Il y a aussi ce coté nostalgique attaché aux années 70.

Pour l’album vous avez sorti l’artillerie lourde en matière de promo : exposition, clip, making of… qui est à l’initiative de tout ça ?

C’est vraiment du On and On, tout ça. Pour le projet d’expo, c’est ma copine et moi. C’est-à-dire qu’elle bosse dans cette galerie. Elle est en relation sans cesse avec des artistes issus de l’art urbain, du « street art » etc. Moi je kiffe tout ça parce que je suis graphiste à coté, je suis tout le temps entrain de m’inspirer de ce qui se passe artistiquement. Ça faisait longtemps que j’avais ce projet de disque vinyle à pochette unique et disque unique. Parce que les œuvres présentées étaient vraiment des vinyles avec le titre de l’album gravé à l’unité. Donc a vraiment mûrit cette idée là. On l’a fait le jour de la sortie de l’album, pour fêter l’évènement. C’était un aboutissement aussi. Le clip en parallèle, mais ça c’est encore une autre histoire. Tout était de notre initiative.

Le fait d’être chez Motown facilite-t’il la tâche pour tout ce qui est artistique ?

Non, je pense que c’est plus le fait d’être On and On. Une petite boite. On fait tout par nous-même. On contrôle tout de A à Z. Et pour eux, je pense que c’est tout simplement le bonheur.

On and On est toujours en activité ?

Ouais, l’album s’est fait dans les mêmes conditions qu’en indé. On fait tout, de l’enregistrement au mixage, en passant par la pochette. On leur amène le disque fini. Ils mettent le disque dans les bacs, font faire la promo et c’est fini. Après voila, il y a tout un travail à coté. Il a fallu qu’on se mette d’accord. Nous on avait envie d’avoir un objet un peu particulier. Le fait de retirer le fourreau et d’avoir une pochette avec un paysage flou, c’est osé pour un disque « Universal » quand même. Eux, ils veulent plus mettre le nom et la tête de l’artiste en gros. C’est comme ça en général. On a vraiment insisté pour avoir cet objet. On sait qu’aujourd’hui, il y a une grosse dématérialisation de tout. Maintenant tout passe par le web et si tu ne fais pas un effort sur le disque, la pochette et l’objet, les gens préfèrent le télécharger. Pour moi, en tant que graphiste, c’est un kif de pouvoir développer ça.

Vous avez déjà fait des dates hors de France ?

Ouais donc on a fait le Maroc, la Belgique, la Suisse et l’Allemagne. Le plus gros souvenir c’était le Japon. 3 concerts là-bas, c’était énorme.

C’est vrai ? Il parait qu’ils aiment bien un certain rap français ?

Rap français et surtout le rap jazzy. C’est leur came.

Je sais que Réel Carter a bien marché la- bas

Il sort son nouvel album au Japon avant la France, c’est quand même un comble.

C’est exceptionnel, même. J’ai entendu dire qu’il a lutté ici pour le distribuer.

En effet c’est plus facile pour lui au Japon qu’en France. Et ça ne m’étonne pas. (…) Nous on a joué en face du mont Fuji à 11 heures du matin, pour un festival en plein air. C’était gavé de monde, un truc de malade.

®Julien Bourdeille

Ils connaissaient vos morceaux ?

Non, ils ne comprenaient rien, mais ils étaient à fond dedans. Tout le monde, les mains en l’air. Un vrai truc de fou. On avait joué aussi entre la République Tchèque et la Pologne pour le festival Hip-hop Camp. Il y avait des têtes d’affiche comme Afu-Ra, c’était mortel aussi, le public est terrible là-bas.

J’ai vu plusieurs fois ton groupe sur scène, en 2005 à la Scène Bastille. En 2006 pour la Fête de la Musique et cette année à la Cigale. La progression est énorme entre ces trois dates. Que c’est il passé pour dégager un telle maîtrise scénique ?

Je pense que c’est les conditions dans lesquelles t’as vu les concerts. Le public aussi. Car la réaction du public est déterminante pour donner une autre impression de ton show. Et puis on a quand même tourné comme des porcs. (Rires) 200 concerts en 4 ans, ça devient naturel. C’est clair qu’à un moment donné, tu progresses. L’ambiance nous a vraiment porté à La Cigale. J’étais un peu ailleurs, c’était vraiment à part. Je me laissais porter par l’ambiance. Depuis peu, on commence à trouver des automatismes sur le nouveau live. A voir des réflexes pour jouer autre chose que ce qu’on fait, pouvoir se taper des délires un peu drôle, pour vivre plus le moment.

T’as pris des cours de chant ?

J’ai fait une session de 3 jours parce que l’année dernière on avait gagné le FAIR et ils offraient des ateliers. Avec une prof de chant, j’ai travaillé les placements de voix, les ouvertures. L’importance de se chauffer avant d’aller sur scène pour ne pas se mettre à brailler comme un porc. Ce qui est assez chaud à gérer parce qu’aujourd’hui, avec l’adrénaline quand je n’ai pas de retours bien calés, j’ai tendance à gueuler. Et en réécoutant les lives, j’ai honte. En plus je me bousille la voix. Le fait d’avoir vu De La Soul en concert à l’Elysée Montmartre, j’étais impressionné par leur propreté et la manière de rapper exactement comme sur disque. Vraiment très propre, vraiment très intelligible. Alors que même Jay Z avec le band de The Roots, était à trop d’octaves au dessus de ses disques.

L’impression que j’ai eue, en écoutant « Place 54 » était de penser à l’évolution sonore de Dr Dré. C’est-à-dire, le 1er album « Chronic » où le sample était omniprésent. Et à « 2001 » où on sentait une ambiance rejoué des samples. Travailles-tu comme ça avec tes musiciens ? Quelle est aujourd’hui ton évolution par rapport à la conception musicale ?

Avant je ne bossais qu’avec des samples découpés qui venaient de plein endroits différents. Maintenant je bosse de la même manière mais pour les rythmiques, même si je vais aller chercher d’autres types de son. Je ne vais peut être pas aller chercher une batterie ou une caisse claire très sèche. Je vais peut être chercher une caisse claire qui bave un peu que je vais mélanger avec un clap. Je vais aller chercher d’autres sons à mélanger pour donner un coté plus live à la batterie. Parfois, juste programmer grosse caisse, caisse claire et puis jouer le Charleys en vrai pour lui donner un petit coté acoustique. Ce sont des petites astuces comme ça qui te donnent l’impression d’écouter un batteur alors que c’est juste la Mpc qui tourne. Je bosse pareil aussi avec les instruments, c’est-à-dire que je veux tout le temps brouiller les pistes. Mais sur « Place 54 » tu n’as quasiment que des parties jouées.

A la première écoute du morceau « Recyclé », je me disais que c’est là que tu sonnais le mieux « Primo/Pete Rock » mais avec ta touche...

Pour ce morceau, j’ai eu envie que l’auditeur pense que ce soit juste une boucle de funk. Alors que si je te montrais mon Pro Tools, j’ai vraiment bossé couche par couche. C’est-à-dire, caisse claire 1, caisse claire 2, charleys, shaker, tambourin, percu, basse, guitare et avec toutes ces pistes, je voulais donner cette impression de la vieille boucle de batterie et la vieille boucle de funk. J’étais assez content du résultat, tant dans le groove et la manière dont ça coule. (…)

En écoutant le titre « Place 54 », j’avais l’impression qu’il était une sorte de continuité avec le dernier morceau « 73 Touches »

Ça s’est fait naturellement, je n’y avais pas pensé. Ça me fait plaisir que tu dises ça. Je ne sais plus comment se finit exactement « 73 Touches »… En fade.

Oui il commence en fade et il finit en fade.

Oui c’est mortel, car dans l’ambiance musicale on passe d’un délire à un autre. Et ça se rejoint quelque part.

L’autre fait marquant, c’est cette atmosphère qui te laisse penser que tu as emmagasiné plus de bagages musicalement

C’est exactement ça, on voulait aller plus loin musicalement. « Place 54 » C’est exactement ce qu’on a eu envie de faire. On ne voulait pas s’enfermer dans un cadre uniquement « hip-hop ». On voulait faire ressentir cette variété musicale dans nos influences.

Le concept de « Vocab » avec tous ces gros mots, c’est parce que tu les kiffes en fin de compte ?

Ouais (rires). Vocab ça part d’une contradiction, d’une certaine ambiguïté dans le fait que je kiffe le rap américain. Je kiffe des morceaux par exemple, je vais kiffer Mobb Deep, de l’époque. Et aujourd’hui quand j’écoute un peu plus les paroles…

C’est sidérant.

Voila tout comme le groupe produit par Primo

Group Home ? C’est encore pire eux

Voila, c’est le genre de groupe qui me fait bouger la tête mais quand je me mets à écouter les lyrics, je suis un peu déçu. Donc je voulais parler de cette espèce d’ambiguïté. Et puis d’un autre coté, il y a le fait j’aimerais rapper en anglais aussi des fois, c’est tellement fort au niveau de la musicalité des mots que je les envie quelque part. J’ai tout le temps cette petite frustration du rappeur français qui fait du rap en français et qui aimerait bien rapper en anglais... mais qui se rend compte que parfois en anglais c’est plus pauvre qu’en français... Enfin, en tout cas, ils ont une telle musicalité que des fois, c’est au dépit du sens, peut être. Après, on a poussé la contradiction, jusqu’à mettre les gros mots habituels dans les couplets et les refrains. En les faisant faire par T-Love dans les refrains, cela leur donne un coté très musicale et très doux, alors qu’ils sont assez dures ces mots.

Y’aura-t-il des projets autres que H.P développé sur "On and On" ?

"On and on", c’est vraiment une toute petite boite. Yann s’occupe de tout le coté management, administratif. Il est seul. Déjà sur Hocus, ça lui prend un temps de dingue, parfois il doit prendre des stagiaires, il a aussi sa copine qui vient l’aider. Mais elle a un taf, à coté. En gros, sur On and On, on est 2. Moi pour l’artistique, lui sur l’administratif et tout ce qui va à coté dans un label. Donc c’est énormément de boulot. On croise les doigts pour que H.P marche au maximum, pour qu’on puisse rentrer des fonds dans le label, pouvoir salarier quelqu’un. Et développer d’autres artistes parce que c’est quand même la volonté du truc. On a C2C qui est en gestation. Il y a plein de trucs qui nous plaisent, des trucs mortels : David notre guitariste qui chante aussi, fait des trucs en solo, guitare –voix, assez dingue. Il a une superbe voix. Il y a Elodie Rama, aussi qui a des projets. Ceux sont des gens dont on apprécie le travail.

Il y aussi celle qui chantait dans le morceau « J’aimerais »

Ouais, Chloé Cailleton.

Qu’est ce qu’elle devient ?

Elle continue. Elle joue dans des groupes de musique brésilienne, de jazz.

C’est une nantaise, aussi ?

Ouais (rires)… donc tu vois il y a plein de talent dans le rap français ou dans d’autres musiques. Je vois Moar, avec ce qu’il développe autour de Yann Kesz, c’est ce genre de rencontre que j’aimerais faire. Il y a Benji à Nantes, si un jour, on peut lui faire un album de concepteur à ce mec là, pour moi ça serait un kif, quoi.

Le fait d’avoir produit pour Kohndo, Réel Carter et plein d’autres artistes. Est-ce que tu voudrais produire entièrement un album pour quelqu’un d’autre ?

J’aimerais le faire, maintenant avec H.P, C2C et les tournées ça me prend énormément de temps. Pour l’instant c’est quelque chose que j’ai en tête et qui se fera. Je sais qu’il y à J Medeiros de The Procussions qui m’a proposé de le faire.

J’ai vu que tu avais déjà 2-3 productions sur son album.

Ouais il y a déjà 3 productions. Il voudrait monter un projet, aussi. Car il est en relation avec pas mal de rappeurs américains. En plus, il est parti aux Etats-Unis avec 1 DVD où il y avait plus de 200 instrus à moi. Il a fait tourner les sons.

Il va te ramener un buzz !

Ouais, voila donc il y a des choses qui se profilent, j’aimerais bien car humainement c’est un mec mortel.






mardi 20 novembre 2007, par Punisher
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