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Beats, Rhymes & Life : En apparté avec Dusty des Jazz Liberatorz

mardi 27 mai 2008, par Punisher
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C’est dans le studio du label Kif Records que le RDV est donné. Dusty, un des trois membres de groupe de producteurs Jazz Liberatorz a répondu a nos questions, histoire de dresser un petit bilan cinq mois après la sortie de leur premier album "Clin d’Oeil".

Peux tu faire une présentation de ton groupe ?

Jazz Liberatorz , c’est Dj Damage, Madhi et Dusty. On existe depuis 1999 et notre première trace discographique c’était en 2001 avec le premier maxi "What’s real".

Comment es-tu arrivé à la production ?

Le jour où des mecs comme White & Spirit sont arrivés à coté de chez moi, dans le 77. Ils m’ont donné goût à faire ça. Ca m’a motivé à acheter un premier sampleur, tout est parti de là, en 1995-96.

Mais avant tu faisais autre chose dans le hip-hop ?

Avant j’étais un des plus grands fans de mon quartier, je crois (rires). J’étais un vrai kiffeur.

Tu utilises quoi comme matos ?

Ensoniq ASR 10, avec les autres un EMU E 6400 Ultra et puis on mélange le tout. Dernièrement j’ai récupéré une MPC 2000 que j’avais abandonné depuis quelques temps pour l’ASR, je me remet un peu dedans. Sinon j’ai jamais eu de SP 1200, mais j’ai déjà tâté chez des potes qui en ont une, ce serait kiffant d’avoir la mienne, mais questions tarots ...

Message au label (rires)...
Comment as-tu rencontré, les autres membres du groupe ?

On est tous de Meaux. A la base, j’ai rencontré Madhi qui lui était dj et faisait des sons pour un groupe de chez nous qui s’appelait Underground Production, le 2ème vrai groupe de Mystik. Ca date, on était des gamins. J’ai commencé en tant que Dj dans le groupe. Je tâtais un peu les platines. Et puis petit à petit, quand j’ai eu mon 1er sampleur, on a commencé à taffer ensemble.

J’ai quand même l’impression que tu étais attiré par tout ça...

Complètement ! Tu sais à l’époque, on écoutait tous des sons de malade. Tout ce qui sortait était ouf. C’était dingue. Tu prenais des beats dans tous les sens. Tu pouvais acheter du skeud toutes les semaines. Si tu loupais deux journées, tu pouvais louper 2 bombes. Ca a duré jusqu’en 1999 - 2000... après tu allais acheter des disques une fois ou deux par semaine, c’était suffisant (...).

Avant "Clin d’Oeil", vous avez sorti une sacré série de maxis, est-ce que c’était une stratégie pour faire monter le buzz ou simplement le fruit du hasard des rencontres avec les artistes américains ?

Ce n’était pas une stratégie car à la base avec Jazzlib, on pensait faire quelques maxis comme ça. Histoire de sortir des galettes avec des artistes qu’on kiffe. En faisant ça, tu te rends compte du buzz que tu as sur le 1er, puis quand tu sors le 2nd et ainsi de suite. En fait, à chaque fois qu’on sortait un nouveau maxi, ça relançait celui d’avant. Donc à partir de 3-4 maxis, ça nous a fait réfléchir. On s’est mis dans une optique de faire un album tout en continuant à faire nos morceaux. Mikaël Darmon (Faster Jay) nous disait qu’on n’allait pas sortir des maxis toute notre vie.


Pourquoi avoir persisté sur ce format pendant 4 ans ? C’était rentable ?

Justement, c’est là que tu vois qu’on a fait ca pour le kiffe. Après, on a eu la chance de represser chaque disque. On a écoulé entre 2500 et 5000 copies sur pratiquement chaque maxi. Ce n’était pas donné à tout le monde de pouvoir le faire...

Quel est le maxi qui a reçu le meilleur accueil ?

What’s real, le premier (5000 copies).

Quel est ton maxi préféré ?

What’s real, c’est sentimental. Il a fait ce qu’on est devenu maintenant. C’est aussi une période, un truc particulier. Sans cracher sur les autres disques, il reste celui qui me fait le plus plaisir, c’est celui que je préfère réentendre.

Plus que Backpackers ?

Pour celui là, c’était différent. On a poussé un délire qu’on avait en nous et on a réussi à le réaliser. J’avais laissé le sample chez Damage, il l’a utilisé. Moi j’ai joué le beat et Madhi en passant par là, a supervisé le tout. C’est ça notre taf. On fait tout en équipe. (...) Tu vois, Fatlip était venu ici une semaine pour enregistrer avec nous. On avait des beats. Ca a donné 3 morceaux dont celui là, "Genius at work" avec T-Love et "My style is Fly". On a eu le résultat qu’on voulait. Un rappeur avec une voix particulière accompagné avec une dynamique de l’époque... On n’aurait pas pu faire un titre qui s’appel "Backpackers" avec un petit rappeur actuel.

Pourquoi ne faire que des featurings avec des américains ?

Comme on avait déjà bossé avec des français avant, on partait du principe que si on devait faire qu’un seul album autant le faire pour notre kif.

Il y a eu quoi comme français ?

J’ai bossé avec Futuristiq, Mystik, Malédiction du Nord, Rythmo, Philémon, Sinistre. A partir de là, on se disait qu’on avait déjà eu l’occasion de sortir quelques trucs. Avec Jazzlib, on voulait bosser avec des cainris. Vu qu’on ne devait surement pas refaire d’autres projets comme celui-ci, on l’a fait. (rires)

C’est le concept de Jazzlib, alors ?

Ce n’est pas vrai à 100%, mais à la base on voulait vraiment faire quelque chose de différent. Maintenant on sait qu’on va pouvoir faire d’autres projets. (rires) Donc on risque de faire un produit français. Mais pour l’instant, on continue à faire notre petite sauce et on se fait plaisir.

Tu as produit sur le deuxième album de Dernier Pro, donc tu as toujours envie de bosser avec français ?

Oui franchement, de la même façon que les américains, sur des coups de coeur.

Comment vous travaillez vos instrus ? ensemble ? séparement ?

Ca dépend, des fois je commence chez moi dans mon coin, je couche tout en protools, je le ramène chez Damage et il met sa touche et anisi de suite. Des fois on fait tout ensemble direct.

Comment décrierais-tu l’univers musical de chacun ?

Musicalement, tu as Damage qui est grand fan de sons HardGroove, comme sa mixtape de l’époque. Madhi est plus jazzman, Classique Jazz et moi qui écoute un peu tout et n’importe quoi, plein de musique qui me font kiffer, mais je suis sûre de ce que j’écoute.

Quel a été la plus belle rencontre artistique ? humaine ?

On a apprécié tout le monde. Toutes les personnes pour cet album étaient différentes et on les a apprécié différemment. A chaque fois on a eu de vraies bonnes vibes avec chaque artiste, humaines et artistiques. On a pu rencontrer la moitié des artistes qui sont sur Clin d’œil et c’était vraiment cool.

Et pour les maxis ?

Pour les maxis, on a rencontré tout le monde.

Buckshot, Sadat X , J -Live ... ça fait un sacré tracklist. Comment avez-vous choisi les artistes ?

On bosse toujours de la même façon : on fait l’instru et quand on commence à faire tourner le beat et le sample avec la petite ligne de basse, c’est un peu le début du rêve. On se dit, "Je verrais bien untel dessus", on test avec un accapela et si ca le fait, on fait une petite crois a côté de son nom (rires...).

Quels sont les guests que vous avez voulu et que vous n’avez pas eu ?

Q-tip, Common , Mos Def, Gift Of Gab ... Soit les mecs étaient surbookés ou soit c’était une question d’entourage, c’est-à-dire des managers qui pensent à toucher de l’oseille. Ca m’aurait fait kiffé de les avoir, on s’est fait plaisir sur l’album mais on ne lâche pas l’affaire pour la suite.

Vous avez mis combien de temps à le réaliser ?

Deux ans et demi. On taffait tous au départ, on avait des emplois du temps différents donc on avait du mal à tous se croiser.

Quel était votre objectif sonore avec ce 1er album ?

On ne voulait pas arriver avec le grain hiphop jazz, ni même un son comme celui J Rawls, par exemple. Lone Catalysts, c’est le son "Lone Catalysts". Même si on kiffe tous les mêmes sources sonores. Je suis sur qu’on a tous à peu près 50 disques en commun, mais le truc c’est qu’on voulait avoir notre approche, notre façon de faire tourner des samples jazz. (...)

Cet hommage en intro, est magnifique. C’était pensé dès le début ?

Oui, on savait qu’on allait faire une intro comme ça. Histoire de rendre hommage à tout ce qu’on avait aimé.

D’où le "Clin D’Œil", c’est ça ?

Ca englobe plein de choses autour de cet album, notre façon de travailler ou nos influences, tout le hip-hop qu’on a kiffé ces 15 dernières années.

Sur les crédits du disque, on peut voir que des musiciens ont été greffé à votre projet, pourquoi ce choix ?

C’était vraiment pour faire participer des musiciens, des potes avant tout qu’on trouve super talentueux. C’était vraiment pour bosser avec eux.

Aviez-vous des thèmes de prédilections ?

C’était au feeling, rien n’a été imposé sauf les interludes. On voulait que chaque artiste s’exprime, place sa façon de voir les choses sur cette musique et on a eu ce qu’on voulait.

Peux-tu nous parler de Kif Records ?

C’est Mikaël Darmon (Faster Jay), à la base. Le label décrit son état d’esprit dans son nom : c’est pour le kiff avant tout. Il nous a tout le temps soutenu depuis le 1er maxi. Et il n’a pas fait ça que pour nous. Le label existe depuis 1996, je crois que le premier maxi c’était Trankilou, puis ensuite Savannah... Le label était déjà en place dans le milieu du vynil et de l’électro House depuis plusieurs années. Il y a un maxi de Pépé Bradock qui a vraiment bien marché "The burning". Il en a vendu des dizaines de milliers, peut-être 60 000 copies dans le monde entier, pas moins de 30 000 en tout cas. On a eu la chance d’arriver après tout ça.



Pourquoi avoir choisi de sortir tous les titres du LP en maxi ? C’est complètement dingue

Comme on est DJs, on sait ce que c’est l’importance d’un bon pressage pour un vynil. Avant ils mettaient 20 morceaux sur seulement 2 faces, 1 seul disque, avec le son tellement faible que tu ne peux même pas le jouer en soirée. Ensuite, ils ont fait des double lp pour mieux presser, donc nous on a voulu pousser le truc plus loin et faire tous les morceaux format maxi. Tout le monde était ravi, il a eu un bon accueil : si tu n’aimes pas la totalité des morceaux, tu achètes le maxis que tu apprécies, si tu es collectionneur, tu prends tout, l’objet est beau en plus.

Ca fait plaisir d’avoir un label qui vous soutient sur cegenre de paris, surtout qu’au final cela fonctionne, tous les coffrets ont été vendus ...

C’est clair que cela fait plaisir, je suis égaré par ce succès. Heureusement, j’en ai un chez moi, accroché au mur (rires). On s’est adressé aux collectionneurs en travaillant la pochette, avec un T-Shirt en plus. Les gens s’achète ce genre d’objet pour se faire plaisir comme on s’achète un disque à 50€ ou 60€ dans un convention ...

Avez-vous un public à l’étranger ?

Depuis le début, le Japon nous suit vraiment. On a toujours vendu pas mal là-bas. Ils aime bien avoir autre chose que tout le monde, ils n’adhèrent pas au délire du Hip Hop qui se vend partout ailleurs.

De nouveaux projets en vue ? de la scène avec les artistes ?

Oui bien sûr mais un petit live car on sait qu’on n’a pas sorti l’album le plus dancefloor de l’année. On ne peut pas arriver avec des morceaux qui plante les gens. Le mieux ce serait d’avoir certains rappeurs de renom et musiciens présents sur l’album pour mettre du punch sur scène. Du genre pour trois grosses dates ça serait bien. Mais financièrement, on sait que c’est tendu.

Avez-vous l’intention de faire évoluer votre son vers de nouvelles choses ?

En gardant cette couleur "Jazzlib", on veut faire évoluer le truc. Bien sûr. On veut que tout se fasse logiquement et progressivement. Le but n’est pas d’arriver avec un nouvel album qui n’a absolument rien à voir mais on va relever le challenge du second opus.

J’ai souvent eu l’occasion de te voir mixer en soirée pour des événements mémorables (Babu , Jazzy Jeff), depuis combien de temps tu mixes ?

Depuis le début vers 1995, autour de la rencontre avec White & Spirit. C’était un vrai point de départ, je kiffais le son. Tu vois, je connaissais Damage parce qu’il était DJ à Rm7, la radio de Meaux. A cette époque, il n’y avait pas 50 émissions de rap en Ile de France. Moi personnellement, je n’écoutais que Dee Nasty et Damage. Je ne connaissais que ces émissions là, mais c’était en 88-89. Après il y en a eu d’autres. (...)

Est ce que le Serato, t’as apporté d’autres perspectives dans ta vision du mix ?

Ouais ça m’arrange, ça apporte plein de facilités pour pouvoir ajouter des effets, embellir mon mix.(...) En plus, imagine le truc. Moi d’habitude, je mix avec des vinyles. Donc tu dois te déplacer avec 300 skeuds en soirée, t’as mal aux épaules. Si le mec qui joue avant toi mix en Serato, t’as 100 skeuds sur les 300 qui ont été joué. Tu te mets à repenser à tout le chemin que tu as du faire ...(Rires). C’est après des moments comme ça, que je me suis dit "plus jamais". Donc au final, ce n’est pas pour rien.


mardi 27 mai 2008, par Punisher
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