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Faire un label

Ascetic Music

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mardi 28 juillet 2009, par derick
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Ascetic Music est entrée dans le panorama des labels français depuis 2003 et compte à son actif, pas moins d’une dizaine de références et bon nombres de projets qui viennent étoffer la discographie du label parisien. Rencontre avec l’un des protagonistes et créateurs Amine Bouziane... D’abord journaliste et rédacteur en chef des magazines Syndikat et Real, il monte le label Ascetic, pour répondre à son désir de faire plus que de parler de musique.... Focus sur la genèse de ce label, ses projets, la crise du disque et bien d’autres choses encore...

Quand est né le label ?

Ascetic Music : L’idée de monter un label était latente depuis déjà plusieurs années. J’étais rédacteur en chef pour Syndikat quand l’envie de sortir des disques m’a pris. Et lorsqu’elle a pu se concrétiser, j’avais quitté la rédaction du magazine pour monter Real...
Et c’était un contexte plutôt favorable pour ça. Des labels indépendants américains avaient déjà émergeaient comme 75 Ark, Coup d’etat, Brick, ABB, Def Jux etc... Et les artistes américains étaient plus enclins à créer des ponts. J’ai rencontré Kohndo, Insight puis Pace Won et beaucoup d’autres, et le label a pris forme peu à peu...

Pourquoi l’avoir appelé Ascetic Music ?

Ascetic Music : En fait, être artiste, ou produire de disques, s’inscrire dans une démarche, ce n’est pas évident. C’est un choix de vie à faire et il y a des concessions relatives à cela. Finalement, on sacralise beaucoup les artistes, la production, les labels mais c’est une passion et un métier qui imposent d’être rigoureux comme un ascète d’une certaine manière. On oublie la dose sacrificielle qu’il y a derrière. Lorsqu’on voit la vitrine, on imagine assez peu ce que cache l’arrière boutique. Le nom du label est directement lié à l’ascétisme et l’idéal philosophique antique qu’il représentait. Je trouvais le parallèle intéressant et ça sonnait bien aussi et c’est resté...

Quelle est l’apport d’un label dans la carrière d’un artiste ou dans la création d’un disque ?

Ascetic Music : Vaste question. Je crois qu’il faut voir au cas par cas. Dans l’absolu, cela dépend du type du contrat qui régit la relation entre l’artiste et le label. S’il s’agit d’une licence, l’implication est différente d’un contrat d’artiste. Tu hérites d’un disque déjà fini. Donc l’implication artistique et humaine est moindre.
Concernant Ascetic, on essaie de respecter la vison de l’artiste, de la restituer le plus fidèlement possible mais il est parfois important, de pousser l’artiste dans ses retranchements. D’affiner ce qu’il souhaite amener tout en ménageant son ego.
Avec Insight, ça repose plus sur l’ordre des morceaux, le tracklising mais il est très autonome et en même tant le dialogue est toujours ouvert. Sur Teamwon de Pace Won, j’ai fait le tri des morceaux, apporter de la cohérence au projet et masteriser le projet ici pour apporter une couleur et une unicité. Sur "Tout est écrit", je crois qu’il devait y avoir peut-être trois morceaux qui étaient def. Le reste a bougé au gré des discussions avec Kohndo. Parfois les instrus ont varié, les refrains aussi. L’idée était d’arriver à avoir un album intimiste, aux couleurs automnales. Après chaque disque à son histoire.

Quels sont les derniers artistes signés ?

Ascetic Music : Ddamage sont les derniers à être arrivé sur le label. Et l’humain a été à la base de notre relation de travail. Fred et JB font partie des gens avec qui tu as envie de collaborer, de pousser plus loin la relation d’amitié. Je connaissais Fred depuis longtemps parce que nous étions dans la presse tout les deux, puis à travers le label, je lui faisais suivre les disques mais je connaissais assez mal leur travail. On s’est dit, contenu de mes connexions avec des artistes américains, on pourrait travailler ensemble sur un projet et puis de fil en aiguille, je me suis plus impliqué et ils ont signé sur Ascetic Music. A la rentrée, nous sortons leur nouvel album "Tsunami Adiction" qui réunit pas mal de monde dont Tes, Agallah, Young Jeezy, Bomb The Bass et pas mal d’autres surprises... Un autre album devrait voir le jour courant 2010.
Il y a aussi Y Society, c’est à dire la réunion de Insight et Damu pour un nouvel album mais c’est dans la prolongation de notre collaboration avec Insight et aussi Count Bass D pour un album commun avec Insight... Un nouvel album de Pace Won aussi... Il y a d’autres surprises mais il est un peu tôt pour en parler. Il y a un autre volume de Pee qui devrait arriver aussi.

Comment vois-tu la crise de l’industrie du disque ? Purement structurelle ? Conjoncturelle ? Et est-ce que tu crois que les labels indépendants peuvent en sortir grandi ?

Ascetic Music : La crise du disque a mis fin au débat indépendant contre major. C’est un débat stérile aujourd’hui alors qu’il a animé les deux dernières décennies. Mais je crois que la crise du disque est sans précédent. La musique est paradoxalement partout mais sa situation n’a jamais été aussi précaire. Et je suis loin d’être optimiste. Le piratage, le téléchargement sont certes des facteurs importants mais réduire la crise à cela, c’est oublier la forêt qui se cache derrière l’arbre. Le public a changé, ses habitudes de consommation aussi. La musique s’est dématérialisée donc beaucoup de magasins ferment. Et le téléchargement légal peine à faire son trou. Ca, c’est factuel. Je pense tout simplement que la musique n’est plus une priorité. Quand tu étais adolescent il y a dix, vingt piges et avant, la musique, c’était ton identité, un lien social aussi avec les mecs qui avaient les mêmes goûts que toi. Aujourd’hui, elle est relayée après la téléphonie mobile, les consoles, Facebook... Avec sa dématérialisation, les gens sont plus enclins à consommer un titre ou deux et du coup, écouter un album dans sa longueur perd de son sens. Les habitudes de consommation sont relatives à la place que la musique occupe dans la société. Le punk, le Hip-Hop s’inscrivaient dans un contexte social. Ces musiques ont profondément changé notre conception du monde. Aujourd’hui, on est plus dans l’ère des fusions, des mélanges, des sous-genres mais il n’y a pas un courant musical majeur qui soit arrivé. Après pour ce qui est des indépendants, je trouve qu’ils résistent plutôt bien, finalement les labels qu’on connaissaient avant la crise sont pour beaucoup encore là. Mais pour combien de temps ? Faut-t-il pour exister se tourner intégralement vers le digital ? Je ne suis pas sûr. Seul l’avenir nous le dira.

"Le punk, le Hip-Hop s’inscrivaient dans un contexte social. Ces musiques ont profondément changé notre conception du monde. Aujourd’hui, on est plus dans l’ère des fusions, des mélanges, des sous-genres mais il n’y a pas un courant musical majeur qui soit arrivé."

Comment ça se passe niveau distribution. En fait est-ce que la dimension internationale du label se limite juste aux artistes que vous sortez ou vous avez un réseau de distribution dans le monde entier ?

Ascetic Music : Dès le départ, nous avons privilégié une distribution internationale. Développer le type de catalogue que nous avons, en France, seulement, ça n’est pas viable. Et c’est se limiter. Donc notre ambition a toujours été d’avoir un rayonnement international. Mais c’est quelque chose d’assez difficile à mettre en place. Pour l’Europe, nous n’avons pas eu de mal mais il est très dur de bien travailler les Etats-Unis. C’est un pays finalement très autarcique, même avec des artistes américains signés sur des labels européens. Nous avons été distribués par Traffic, par Koch aussi. Là, nous travaillons avec 101 Distribution mais il est préférable de presser sur place sans quoi les disques te coûtent très chers et la marge se réduit considérablement. Au Japon, il est souvent préférable de privilégier les licences à de la simple distribution car leur implication est moindre et il devient plus dur de faire de bons chiffres. Ce qui est étrange avec le Japon, c’est que des artistes inconnus ou qui ne marchent pas chez eux, peuvent vendre beaucoup de disques à partir du moment où ils rentrent dans les codes du marché. C’est un marché très stéréotypé. En Hip-Hop, ca va être très retro Boom Bap avec beaucoup de mélodie. Il faut qu’il n’y ait aucune aspérité et que ça fasse : "check your head, you don’t stop"...

"Dés le départ, nous avons privilégier une distribution internationale."

On a souvent l’impression que les artistes américains viennent s’offrir les service de labels européens quand ils ont du mal à faire leur trou aux US...

Ascetic : C’est faux. Je ne pense pas que MF Doom ne puisse pas trouver de label américain pour signer chez Lex. Je crois qu’ils sont juste beaucoup plus conscient que nous sur l’idée de pénétrer tout les marchés et de ne se fermer aucune porte surtout en période de crise. Je crois aussi qu’il y a quelque chose en Europe, qu’ils ne trouvent plus aux Etats-Unis, c’est le cas de Insight. Nous pouvons avoir des vrais conversations et amener des idées sur la manière de le développer. Insight aurait pu rester chez Brick ou signer en direct chez Traffic. Il a travaillé avec Tres. Donc il ne s’agit pas pour lui de survie quant à travailler avec Ascetic Music. Il le fait parce qu’il le sent et que c’est une collaboration fructueuse. Aux Etats-Unis, tout est plus mécanique. Et ce même, chez les labels indépendants. Par exemple, Stones Sthrow ont pris l’habitude depuis peu de racheter les masters des artistes qu’ils produisent. C’est une chose que même les majors se refusent à faire en Europe. Aujourd’hui, tout est focalisé sur Madlib, avec finalement peu de place pour le développement d’autres artistes. En Europe, les labels indépendants n’ont pas calqué les schémas des majors et les artistes le sentent. C’est pour cela, que nous travaillons avec Insight, avec Pace Won et d’autres artistes américains... D’ailleurs notre vision des Etats-Unis est souvent distordus. Pendant que tout le monde était en admiration sur Def Jux, peu de gens savaient que le plus gros vendeurs de disques en indépendant, c’était Atmosphere et Rhymesayers. Atmosphere vend depuis 2002, 150 000 exemplaires aux Etats-Unis et sort un album tous les ans. C’est plus du triple des meilleures ventes Def Jux. Le plus gros vendeur qui suit, c’est Jedi Mind Tricks, et ensuite Immortal Technique pas El-P, Madlib ou des trucs du genre. Donc, là aussi, les européens ont des idées préconçues de ce qui marchent ou pas là-bas. Cela n’enlève rien aux artistes sus-cités mais ça permet de relativiser sur ce qui marche aux Etats-Unis ou non...

Quels sont les labels qui t’ont donné envie de faire un label ou que tu apprécient ?

Ascetic Music : Beaucoup de labels m’ont donné envie de tenter l’expérience. D’ailleurs, ce n’est pas quelque chose qui m’est venu de but en blanc. J’ai commencé d’abord par monter des fanzines puis je suis devenu journaliste, rédacteur en chef, directeur de publication et enfin j’ai monté un label mais tout cela est né de ce même désir de faire connaître des disques, de véhiculer une certaine idée de la musique. J’ai toujours été fidèle au Do It Yourself. Ne soit pas pas passif, devient acteur. Il n’est rien qui ne puisse être impossible. Après je vais te citer tous azimuts les labels que j’aime... Mais dans les années 80 et début des années 90, j’ai aimé la politique de label comme Bondage... Parce qu’il était animé d’une vraie réflexion sur les prix des concerts, des cds, de décloisonnement des genres. Partir des Bérus pour arriver à sortir Timide et sans complexes, je trouve ça intéressant. Ce sont eux qui ont sorti le premier album de Timide et sans complexe ou licencié toute la vague de rap hardcore anglais comme Gunshot ou Silver Bullet.
Sur ce même schéma, il y a Epitaph aujourd’hui. Même si l’esprit est plus business. Ils ont eu une assise très punk rock qui leur a valu de vendre des millions de disques et d’être le label indépendant le plus puissant du monde puis ils se sont ont ouvert. Leur catalogue s’est diversifié en signant Blakalicious, Busdriver, The Coup, Tricky, Michael Franti...
Il y a aussi Rawkus. Qui n’a pas apprécié la politique du label ? C’est un jalon important dans l’histoire du rap. C’est la première fois qu’un label indépendant qui ne fut pas affilié à une major a su trouvé un écho aussi fort. Il y a eu un après et un avant Rawkus. Ils ont montré au rap que l’autogestion n’était pas un leurre. Bon, ce fut de courte durée mais à la suite de cela, d’autres labels ont pu émerger comme 75 Ark, Def Jux, Sthones Throw, Coup D’etat, ABB... Certains ont pu se pérenniser, d’autres ont péri.
Même si je n’aime pas particulièrement la manière dont gère Egon le label. Je trouve que leur politique de signature est intéressante. Ils ont diversifié leur catalogue même s’il reste trop centré sur Madlib. J’aimais beaucoup ABB. Aujourd’hui, il y a d’autres labels qui émergent comme Nature Sound que j’apprécie aussi.
Mais si je ne devais retenir qu’un seul label se serait Duckdown. Je trouve qu’ils se sont inscrit dans la durée et ils incarnent vraiment un esprit de famille. Après Nervous et Relativity, ils ont su tirer leur épingle du jus et construire petit à petit, une histoire et des racines solides. C’est l’un des labels les mieux implantés aujourd’hui aux Etats-Unis et ils sont l’antithèse que le rap américain n’est fait que de darwinisme, de carrière éphémère et de buzzs lapidaires. Sinon dans un autre genre, j’aime bien l’éthique d’un label comme Dischord.

Est-ce qu’il y a des projets que tu as refusé de sortir et qu’est-ce qui conditionne une signature ?

Ascetic Music : Il y a beaucoup de projets que j’ai refusé de sortir. Pace Won nous avait proposé son deuxième albums et je ne l’ai pas fait parce qu’il était déjà sorti aux Etats-Unis et cela ne m’intéressait pas d’être une antenne relais. On a alors préféré bosser un projet ensemble "Teamwon". Même chose pour l’album de Edo G en collaboration avec Pete Rock. Ascetic Music est un label et pas un distributeur. Ce qui conditionne une signature, c’est que la musique soit bonne, qu’ humainement il se passe un truc et que ce ne soit pas que du business. Enfin qu’il y ait une vraie vision du développement et de carrière. Et ça, c’est ce qui fait défaut chez beaucoup d’américains.

Est-ce que tu vis du label ?

Non et je ne veux pas. Ce sont des revenus subsidiaires mais je réinvestis beaucoup. Et j’ai d’autres cordes à mon arc. Je suis journaliste. Le label a co-existé avec le magazine Real puis très vite je me suis tourné vers la télévision. Je réalise et produit des reportages et documentaires pour la télévision entre autre. C’est mon activité principale. Je réalise des clips aussi, notamment "Le code de la rue" et le remix de Kenedy ou encore "Rap de tess" de Nessbeal pour n’en citer que quelques uns. Le label est une passion avant tout et je sais que c’est une économie précaire...

Le site du label


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